Leyland Kirby, en souvenir

Depuis la sortie de trilogie Sadly The Future Is No Longer What It Was, l’an dernier, j’avais eu du mal à me replonger dans les disques de Leyland Kirby. Sadly était si immense, qu’il fallait du temps pour s’y acclimater, y vivre et avoir envie d’en sortir pour écouter d’autres choses du même auteur. Un peu comme un roman si long qu’on ne voudrait pas l’abandonner pour entamer un autre livre du même écrivain. Et puis, l’enthousiasme conjugué de mon homie Crocnique et de notre soulmate Kira Perov m’ont fait plonger, sans regret, dans les deux dernières productions du bonhomme : l’album Eager To Tear Apart The Stars et la série Intrigue & Stuff, composée de 4 vinyles (dont trois sont déjà sortis). Eager évoque bien les ambiances de la précédente trilogie, mais en moins massif ou monolithique, peut-être, avec une ambiance de dévotion plus pleine, comme un moment de dévotion intime, qui évoque des souvenirs et des confluents de mémoire. Il y a du piano, peut-être de l’orgue un peu dissonant et pas mal de lumière à travers la matière noire grattée doucement. On est sans doute moins, là, chez le Tangerine Dream époque Zeit auquel faisait songer le projet Sadly, que dans nos souvenirs de Wim Mertens ou notre mémoire de Michael Nyman. Intrigue & Stuff joue toujours sur cette idée de mémoire, mais ailleurs. Crocnique, toujours lui, écrivait quelque part, que tout cela lui évoquait le premier Autechre, mais en ruines. Et il est vrai que la musique entendue ici, et toujours chez Kirby, évoque bien l’idée de ruines. Ou plutôt celle de ruines en train de se faire, en train de s’effondrer : ce qui est toujours plus palpitant à regarder et écouter que voir et constater les ruines elles-mêmes. Et c’est bien l’impression qui se dessine ici : loin des atmosphères élégiaques des disques précédents, la musique se fait ici plus rythmique (on dit encore electronica ?), mais aussi encore plus fatiguée, décatie, surgissant comme une figure aux traits tirés en bout de nuit, un peu floue, pas tout à fait bancale, mais toujours belle, au regard assuré, malgré tout. Il y a donc beaucoup de cela en jeu chez Leyland Kirby : sa capacité à mettre en exergue la mémoire, les indices du temps passé, la matière du cerveau qui se souvient et comprend en l’écoutant qu’il a tout oublié. Par moments, on l’impression d’entendre Boards of Canada en plus dilué ou encore Joy Division sans le rock – d’ailleurs la série tient son nom d’une phrase de Martin Hannett, producteur de Joy Division. Et sachant cela, on se demande, d’un coup si cette musique voilée n’est pas une remontée sous tranxène de tout ce que l’on a pu ingurgiter il y a 20 ou 30 ans, qui venait du label Factory. La musique revient toujours à soi, il suffit de comprendre comment et par où… Pour son prochain disque, Kirby a mis en musique un documentaire sur le beau livre de WG Sebald, The Rings of Saturn (les anneaux de Saturne), autre digression stratifée sur les lieux et les époques et les souvenirs. Sa musique sortira en début d’année prochaine.

2 commentaires
  1. Hâte d’entendre ses ruines de Photek !

  2. le leyland kirby est en effet très bien, tout comme son dernier album sous son pseudo the caretaker, ‘an empty bliss beyond this world’…..

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