Archives mensuelles : septembre 2011
Des bandes dessinées du siècle dernier…



Trois livres, mais j’aurais pu en mettre beaucoup plus. Sauf que ceux-là constituent un peu l’essentiel de ce que j’ai envie de lire en ce moment (à part ce qui s’est fait chez Dupuis vers la fin des années 50 et le milieu des sixties – mais c’est une autre histoire, moins bien documentée aujourd’hui). D’abord, le livre de Gajo Sakamoto, intitué Tank Tankuro PreWar Works 1934-1935, est paru chez Press Pop dans un design fait par Chris Ware. C’est d’ailleurs dans une anthologie de ce dernier qu’on avait déjà pu voir il y a quelques années des pages de Gajo. Les amateurs de Ware (ou de manga classique) ne devraient pas être déçus par le livre, ni par les pages de douce gymnastique graphique qui le composent. Ensuite, le Forgotten Fantasy est une vraie cache aux trésors : on y trouve compilés des pages parues dans les journaux du dimanche américains, entre 1900 et 1915, dans un format géant. Là encore, un lien avec Chris Ware, qui contribue un petit texte évoquant son étonnement admiratif à propos d’une bande dessinée reproduite ici dans son intégralité : Naughty Pete de Charles Forbell. Construite, comme Little Nemo, sur une chute toujours identique d’une page à l’autre, cette bande dessinée n’a été tenue par son auteur que le temps de 18 pages, toutes reproduites ici et témoignant d’une vivacité et d’une inventivité rares. D’une page à l’autre, Forbell évolue, tente des constructions différentes, joue avec son cadre : moderne, rapide, malin. A-t-il été cramé par son plein d’invention ? Ses pages, en tout cas, donnent envie d’en savoir plus. Le même volume consacre une large part à Lionel Feyninger dont l’oeuvre dessinée, courte, est reproduite intégralement. Il y a aussi des planches splendides de Winsor McCay et d’autres dessinateurs de l’époque, partageant tous un ton sépia, caractéristique de leur trait, à la fois sévère et léger, entre la caricature acérée, l’humour quasi slapstick et la narration échevelée. Le livre coûte cher, est difficile à ranger, mais se dévoile d’une richesse incommensurable. Enfin, plus proche de nous (mais pas tant que ça), la biographie visuelle de Milton Caniff (mon auteur de chevet en ce moment) est remplie de documents rares, de planches désarmantes, qui remettent bien en perspective la grandeur d’un auteur qui aura travaillé toute sa vie, se remettant en question au milieu de celle-ci, en plein succès de son strip Terry & The Pirates (tenu par lui de 1934 à 1946) pour en créer un autre, Steve Canyon, qui aura été tout aussi réussi, à tous points de vue, et plus long encore puisqu’il dura de 1947 à 1988. Tous édités ces jours-ci ces livres qui reprennent des pages faites pour un autre monde, une autre époque, presque un autre passé, enluminent étrangement bien le présent, au moins le nôtre.
Pas d’autre morceau pour aujourd’hui que Blood On My Hands de Shackleton (remixé par Villalobos)
Une mixtape de Maxime Guitton
Maxime avait déjà offert à ce blog une playlist / mixtape estivale, il y a un an. Il récidive ce mois-ci avec une sélection impeccable de morceaux qui forment un beau portrait en mosaïque musicale composée de héros méconnus, des années 1969 à 1974, avec une incursion en 1956 et une autre en 1976.
Sa sélection se télécharge par ici et en voici le tracklisting :
01. Ike Turner & His Kings of Rhythm, Black Beauty (“A Black Man’s Soul”,1969)
02. Jim Ford, Spoonfull (“Harlan County”, 1969)
03. Black Merda, Cynthy-Ruth (s/t, 1970)
04. The Staple Singers, Long Walk To D.C. (“Soul Folk In Action”, 1968)
05. Bobak, Jons, Malone, Wanna Make a Star, Sam (“Motherlight”, 1970)
06. Hill, Barbata & Ethridge, Big City (“L.A. Getaway”, 1971)
07. Evie Sands, I’ll Hold Out My Hand (“Any Way That You Want Me”, 1970)
08. Tommy Flanders, Sleepin’ (“The Moonstone”, 1969)
09. Billy Vera, I’m Leavin’ Here Tomorrow, Mama (196?)
10. The Spike Drivers, Sometimes (s/t, 1968)
11. Doug Sahm, Blues Stay Away from Me (“Doug Sahm & Band”, 1973)
12. Barry Goldberg, Life’s Fantasy (s/t, 1974)
13. Mark-Almond, The Little Prince (“Rising”, 1972)
14. Satwa, Valsa Dos Cogumelos (s/t, 1973)
15. Stone Harbour, Dying To Love You (“Emerges”, 1974)
16. Terry Melcher, The Old Hand Jive (s/t, 1974)
17. Gary Farr, In The Mud (“Strange Fruit”, 1970)
18. Bobby Charles, Homemade Blues (s/t, 1972)
19. Jack Kittel, Psycho (1973)
20. Arthur, Pandora (“Dreams And Images”, 1967)
21. Biff Rose, More Than He Does (“Roast Beef”, 1976)
22. Bob Lind, Counting (“Don’t Be Concerned”, 1966)
23. Vince Martin, Snow Shadows (“If The Jasmine Don’t Get You… The Bay Breeze Will”, 1969)
24. Tom Vlasman, Pale Blue Eyes (Velvet Underground) (“White Room with Disintegrating Walls”, 1970)
25. Sylvia, Not on the Outside (“Pillow Talk”, 1973)
26. Janey & Dennis, Northern Boy (s/t, 1970)
27. Peter Kelley, High Flyin’ Mama (“Path of the Wave”, 1969)
28. The Kossoy Sisters with Erik Darling, In The Pines (“Bowling Green”, 1956)
29. John Prine, Angel from Montgomery (s/t, 1971)
30. David Blue, Looking For A Friend (“Stories”, 1971)
J’écoute Tropic of Cancer
J’écoute Lose Today de Stare Case
Issu de Wolf Eyes, Stare Case est une belle démarcation, marquant une rupture, une faille, dans le territoire noise du groupe d’origine, annonçant une virée ailleurs, dans un répertoire plus décharné, comme si, d’un coup, le bruit avait cédé sa place à autre chose, mais que la fureur demeurait bien là. En une poignée de morceaux, Nate Young et John Olson explorent un son évoquant une rugosité blues, électrique et rappelant presque le Nick Cave de Tender Prey plutôt que les bluesmen originaux. C’est sans doute, dans cette comparaison, la distance avec le blues et sa recréation, qui joue à plein. C’est aussi, sans doute, une idée quasi mythique de réinvention de soi, mais dans une esthétique quasi sacrée aujourd’hui : car, en plus du blues, le groupe cite le Velvet Underground (celui du bootleg sacré Sweet Sister Ray, celui-là même dont on n’a jamais pu garder un exemplaire tant il est beau, intense et migraineux). En quelque sorte, c’est en s’enracinant dans ces deux polarités du passé, que Stare Case parvient à séduire et à faire penser qu’il y a bien une vie, très féconde, après le bruit de Wolf Eyes. On le savait, bien sûr, avec les disques en solitaire d’Olson et Young, mais on ne l’avait jamais autant saisi, de façon presque physique (on n’ose dire juste rock, presque pop). Il y a dans ce disque, de l’électricité, de l’espace sale, des abîmes de douleur, du faux jazz, beaucoup de basses, de l’électronique de décharge, une envie, surtout, de marteler une musique aux chansons surgies droit des entrailles. Un des beaux, beaux disques de l’année, qui ne se réclame de rien, mais ouvre une fente vers la lumière.
Je remets Sleeping Beauty de Sun Ra
J’écoute en boucle Dive de Tropic of Cancer




