Archives mensuelles : août 2011
Une mixtape de Villeneuve
J’aime particulièrement la musique de Villeneuve (et pas uniquement parce que nous nous sommes retrouvés récemment, parlant de synthés analogiques autour d’un billard). Son deuxième album, Dry Marks of Memory, passé un peu inaperçu l’an dernier, était une étincelante collection de morceaux empreints d’Amérique et de shoegaze, d’élévation psychédélique et de tourneries hypnotiques, contenant en son coeur au moins un chef d’oeuvre (je n’exagère pas) sous la forme de la ballade céleste The Sun. Villeneuve a accepté de faire pour ce blog, inspiré par son été, une mixtape qui est, tout comme lui, élégante en diable.
Benge – 1977 Yamaha CS30
Julianna Barwick – Cloak
Phil Cohran – White Nile
Odetta – Pastures Of Plenty
Arthur Russell – Instrumentals A
Dana Westover – Beginning
The Everly Brothers – I Wonder If I Care As Much
The Olivia Tremor Control – Grass Canons
Clams Casino – Natural
Omar Rodriguez Lopez & John Frusciante – 0=2
The Durutti Column – Sketches For Dawn
Echo & The Bunnymen – Broke My Neck (Long Version)
The Chills – Pink Frost
The Field – Everybody’s Got To Learn Sometime
Tom Recchion – Sea World
La Summer Mixtape de Villeneuve se télécharge ici, l’image qui illustre ce post est tirée du Days of Heaven de Terrence Malick.
Merci pour tout, bonne écoute, à bientôt.
Je réécoute Burial
Untrue de Burial demeure tellement ancré dans une période de joie personnelle diffuse, que j’en avais oublié la mélancolie intime. C’est en le réécoutant il y a quelques jours que j’en ai à nouveau saisi la tristesse profonde et l’immense désarroi, l’importance et le grand équilibre entre rythmiques rêvées, drones abstraits, voix à peine audibles, chants fragmentés. Au fond, les émeutes de Londres auraient pu surgir de son coeur, tant ce disque semble parler de la ville, de ses contrastes et de ses bruits, qu’il mène droit aux entrailles de qui veut bien l’écouter. Je crois, j’en suis certain, que ce serait forcément l’un de mes disques d’île déserte, si je ne devais en emporter qu’une maigre poignée : il me rappellerait la ville, la vie, le bruissement des anges au-dessus des ruines modernes.
Ralf & Florian, le 3ème album perdu de Kraftwerk
Parfois, je me dis que cela fait trop longtemps, qu’il est plus que temps d’arrêter. Après tout, écrire sur la musique depuis 16 ans (1995, premier papier publié dans Magic, merci Christophe B.) n’a pas toujours été une sinécure, a souvent relevé de l’acte de dévotion pure et, au bout de tout cela, se faire traiter de tel ou tel nom d’oiseau par untel qui se croit tout permis parce qu’il a un accès internet est un peu, comment dire, décourageant. Et puis, il y a l’idée de partager qui revient vite : partager et faire passer des choses sensibles, malgré tout (ça, je l’ai appris plus que de raison pendant mes années aux Inrocks – merci JDB, merci Christophe C.). Et le faire avec justesse, précision. Ces idées-là et ce besoin ressurgissent n’importe quand, n’importe où. Comme, tout à l’heure : je lisais Libération, j’y tombe sur un chouette papier d’Eric Loret à propos de Baudelaire et son éditeur Poulet-Malassis, mais aussi sur un long feuillet à propos des deux premiers albums de Kraftwerk signé par un garçon dont j’aime beaucoup les articles et les sujets, Sophian Fanen. Mais, immédiatement, l’absence surgit : l’article parle des deux premiers Kraftwerk, jamais réédités officiellement, mais oublie le troisième album du groupe, tout aussi invisible des bacs. Et c’est cette omission qui me donne envie d’écrire, maintenant. Car, ce disque, Ralf & Florian, en plus d’être très beau, est le premier album à partir duquel Kraftwerk quitte ses atours expérimentaux pour aller vers davantage de pop et d’humour, de conceptualisation aussi. Les deux premiers disques du groupe, au fond, répondaient par échos graphiques et sonores aux deux premiers albums de Neu : même type de pochette inspirée de l’immédiateté du pop-art, même capacité à détourner (comme Can) ce qui se faisait musicalement en Allemagne pour le mener vers quelque chose de plus répétitif que prog ou purement psyché. Le troisième album de Kraftwerk amorce autre chose : il marque l’acte de naissance réel du groupe en tant que duo, après des errements de personnel et annonce, par sa pochette (recto comme verso – mais, attention, il existe une variante du disque publiée par Vertigo avec une pochette différente, plutôt moche) à quel point le paradigme de la musique électronique passera désormais par la dualité, la gémellité, le couple presque. Ralf & Florian, posant là, annoncent ainsi tous les duos électroniques à venir : Autechre, Plaid, Matmos, Raime et des centaines d’autres… Et synthétisent aussi déjà l’idée du studio personnel comme lieu de création intime ultime : le verso de la pochette les montre dans leur propre home studio et marque ainsi la rupture visuelle avec ce qui était le parangon des images liées à la création électronique en Allemagne. A savoir : les images très sérieuses des sessions d’enregistrement de Stockhausen, dans des studios officiels, bardés de machines gigantesques. Ici, chez Ralf & Florian, des synthés, une flûte, un guitare hawaïenne, des néons, suffisent. En cela, l’imagerie évoque celle distillée par d’autres Allemands, les géniaux Cluster, dans la pochette de leur Cluster II. Mais, contrairement à cet autre duo électronique, Kraftwerk marque avec Ralf & Florian, un pas déterminant vers la pop, vers le désir de faire danser. Le désir aussi de contrôler leur image en façonnant leur propre portrait – ce qu’ils ne feront que perfectionner avec les chefs d’oeuvre à venir : leur image ici annonce celles à venir de Man Machine ou Trans Europe Express. Quoi qu’il en soit, il y a 6 ou 7 ans, le groupe, que j’interviewais, promettait que ces trois disques introuvables, seraient bien réédités le jour où ils parviendraient à les remasteriser à leur goût, avec suffisamment de puissance sonore pour égaler les autres. Bientôt ?
Une mixtape d’Orval Carlos Sibelius
Son premier album, sorti en 2006, était une belle surprise qui le montrait capable de citer les grands Anglais tout en s’en démarquant joliment. 5 ans plus tard, Orval Carlos Sibelius n’a toujours pas sorti son deuxième album, annoncé pour l’an prochain. Mais il vient de livrer un disque de transition, 10 morceaux faits à la maison, bruts et abrupts, sous forme d’un 25 cm. à l’ancienne, vinyle bleuté et bientôt en cassette comme pour souligner le titre du disque, The Recovery Tapes. Les cassettes de la guérison ? Toujours est-il que pour fêter cette réapparition, OCS, appuyé par Julien Rohel, âme du label Clapping Music, a enregistré pour ce blog une mixtape dont le tracklist suit et qui dévoile un peu, beaucoup, de ce qui l’habite – et qui, par hasard ou ricochet, nous hante aussi énormément ces derniers temps.Les commentaires après chaque titre de morceau sont de lui. Merci encore.
1/ Zohra Bai Agrewali : Raag Bhoopali
Le son du futur, assurément, enregistré il y a plus de 100 ans en Inde.
2/ Aluar Horns (frontière Zaïre/Ouganda)
Un sacré bordel. La masse sonore s’élève et se tord comme un nuage en transe mystique.
3/ Groupe Ulu United Arts : Chant dansé accompagné de harpes adungu (Ouganda)
Un tube pop traditionnel ougandais.
4/ Take me back to Mabayi (Burundi)
Une ode à l’hyperventilation jouée à l’inanga (cithare sur cuvette en forme de bouclier)
5/ Inconnu jouant du Khène : Soutsanenh (Laos)
Terry Riley et Philip Glass doivent encore des royalties à ce type.
6/ Nahawa Doumbia : Korodia
Un morceau hypnotique, marqué par les ondulations rythmiques énigmatiques du carignan, un tube de tôle sur lequel on frotte une tige de fer pour marquer le rythme. Quand j’étais au Mali, j’ai rencontré N’gou Bagayoko, qui joue de la guitare sur tous les disques de Nahawa Doumbia. Sur ce morceau, c’est aussi lui qui joue le carignan, en re-recording, ce qui m’a rassuré un peu car les libertés rythmiques qu’il prend avec cet instrument sont tout simplement stupéfiantes pour mes oreilles de petit blanc !
7/ Hamrâ : solo de tanbûr (Musiques classiques et populaires d’Afghanistan)
Une mélodie sinueuse qu’il fait bon écouter après une journée de boulot.
8/ Danses et chants Bamoun (Cameroun) : Musique pour la pendaison d’un ministre
« C’est la musique sans ami. Bonne seulement quand on l’entend s’éloigner. Mortelle quand elle se rapproche »
9/ Polyphonies vocales et instrumentales (Ethiopie) : Hymne avec beganna
Pas besoin de machine pour produire les sons les plus inouïs.
10/ Afrique noire : Panorama de la musique instrumentale : Percussions Mahi
Je ne sais pas qui sont les Mahi mais j’aimerais beaucoup les rencontrer !
11/ Wagogo : soothing song
Les Wagogo sont une de mes tribus préférées ! Ce morceau me fait penser au Velvet Underground, s’ils avaient habité en Tanzanie. Au mixage, les ingénieurs du son du label Nonesuch se sont visiblement amusés avec la stéréo.
Et pour écouter tout cela, il suffit de
cliquer par là pour downloader le mix,
par ici pour avoir chaque morceau séparément
par ici pour écouter The Recovery Tapes en ligne
et puis, enfin, de ce côté pour acheter le disque du bonhomme.
Où est passé High Wolf ?
J’écoute Jeff Phelps
J’écoute Ela Orleans
Un vieux fond de radiation transparente dans l’air…
Un trou dans l’été
C’est en regardant la playlist de jlle, que j’ai pensé à Richard Youngs. D’où ce morceau, au titre qui résonne bien avec ce mois-ci.




