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Archives mensuelles : juin 2011

On peut clairement proclamer, en juin, mitan de l’année, que l’on tient déjà une poignée de disques qui pourraient bien faire office de “disques de l’année” si celle-ci s’achevait maintenant. Le prétendant le plus sérieux est un album du groupe Wet Hair, baptisé In Vogue Style, sorti sur le splendide label De Stijl et résonnant à la façon d’un melting pot très racé des plus belles choses qui soient jamais arrivées à la musique : Spacemen 3, Can, Silver Apples et quelques autres ressuscitent ici avec une majesté inégalée, développant d’étranges ailes depuis une cave à moitié éclairée. Pas grand chose de plus prenant, ces temps-ci, ni d’aussi joliment réussi, en matière d’équilibre entre rock et musiques planantes, pop brute et hypnotisme des motifs mis en boucle.

Depuis une première lecture des Lycaons, il y a 10 ans déjà, je suis tombé amoureux (lointain) du travail d’Alex Barbier et de la malédiction qui l’accompagne. Une malédiction à la hauteur des interrogations suscitées par ce qu’il montre : des dessins, de la peinture, des histoires, qui semblent autant de cauchemars (climatisés), autant de visions sombres d’un monde qui n’existe pas – ou attend d’arriver. Ici, les éditions du FRMK délivrent de l’oubli un livre aussi beau, aussi puissant que Les Lycaons, mais dans une veine plus SF, à la façon d’une parodie ludique, mais hantée de ce qui se faisait dans Métal Hurlant, de ce qui se lisait chez Philip K. Dick. Parano ? Sans doute. Mais la beauté de la chose réside dans la grande liberté formelle, l’ouverture esthétique, qui se dessine à chaque page. De facture essentiellement belle, hautement désirable, cette édition tout en toile cachant un intérieur mordoré aux limités du brûlé, est peut-être l’un des plus beaux livres dessinés que l’on tiendra en main cette année. Et ce n’est pas parce que l’on y croise la figure de William Burroughs que j’écris cela.

J’ai rencontré Kassel Jaeger, dont j’ignore si je dois dire le vrai prénom, grâce à Matmos, il y a une poignée d’années, aux environs des studios du GRM. Depuis, il m’a envoyé ce disque, qui s’est un temps perdu dans mes piles et en a ressurgi après une conversation aux Ondes, sous le vent. Le disque, de nuit, évoque une mélancolie rugueuse, une forme de méditation tendue, débutant par un bourdon quasi céleste, mais qui, vite, se métamorphose par l’addition de sons concrets, acoustiques, que l’on dirait parfois cosmiques, parfois antédiluviens. Souvent, le temps de cet album court, à la si belle pochette, il semble que la vie ait décidé de s’arrêter, mettre en pause toute activité pour écouter comment surgissent lentement les faunes, les idées. Comment, aussi, se fabriquent les interstices de lumière dans des matières musicales. Pour écouter ou en savoir plus, il faut aller sur le site du musicien.

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