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Archives mensuelles : mai 2011

La nouvelle exposition du Bal à Paris accueille trois photographes japonais dont Yutaka Takanashi auteur de la photo ci-dessus, extraite de sa série Machi. L’expo ouvre le 20 mai, elle est très réussie, notamment dans la salle du sous-sol qui montre les travaux de Keizo Kitajima. J’en ai écrit un compte-rendu à venir sur le site de Vogue sans doute dans la journée de vendredi. En attendant, vous pouvez toujours voir sur le tumblr de Vogue Paris à quoi ressemble Yukata Takanashi aujourd’hui.

Déjà dit ici, plusieurs fois, l’admiration portée à ce Barn Owl, interviewé ici et qui figure bien la génération nouvelle, après Earth dans les années 90 et Sunn O))) dans les années 2000, des guitaristes qui bourdonnent, entre métal, minimalisme et envolées cosmiques. Ce soir, ils jouent à Saint Ouen, à Mains D’Oeuvres, avec Stephen O’Malley, qui viendra, d’après ce que j’ai entendu dire, jouer avec eux. Il y aura aussi Jefre Cantu-Ledesma, patron du label Root Strata, déjà vu à Paris il y a quelques semaines, et qu’on a hâte de réécouter tant ses propres disques sont d’une belle douceur mélancolique.

L’autre jour, un ami m’a envoyé quelques liens de vidéos et morceaux sur YouTube, parmi lesquels deux morceaux de Van Morrison. Ces derniers m’ont fait replonger dans l’un de mes albums préférés, tant aimé que je ne le possède même pas, à force de le donner : Astral Weeks. Un disque comme il en existe peu, que je place dans une aire de mystère absolu. Un disque qui s’écoute d’un seul trait, d’un seul tenant, comme une histoire, un film, un long instantané d’une vie – pardon, alors, de n’avoir mis là qu’un morceau… Comme par échos très lointains, Astral Weeks, depuis son époque déjà perdue, ses musiciens venus du jazz pour construire cette forme de pop si singulière, m’évoque le deuxième album de Burial, qui, lui aussi, ne s’écoute qu’en une seule prise, jamais par petits bouts ou extraits. Et qui raconte aussi la vie, à un moment, dans une ville, entre élégie, malaise diffus et intranquillité.

Première fois que j’ai entendu parler de Floating Points, c’était au cours d’une conversation avec Four Tet, en face du Social Club. Depuis, j’écoute régulièrement ce qu’il fait et j’adore son remix, justement, pour Four Tet, sorti l’an dernier. Là, je découvre les morceaux qu’il fait avec Fatima et j’apprécie leur atmosphère élégiaque, notamment sur la reprise dénudée du Innervision de Stevie Wonder, qui met une douce claque à James Blake.

Finalement, alors que tout le monde fait bourdonner dans un même sens les machines et les instruments, ce sont ces musiciens du Nord, qui donnent du drone l’interprétation la plus juste et sensible, portant en elle une véritable poétique sonore, émargeant aux flancs  d’un terreau dense et stratifié, faisant de cette matière brute une longue fresque aventureuse – avec délicatesse. En plusieurs albums, dont le récent et très beau Space Finale, BJ Nilsen et Stillupsteypa sont parvenus à construire une oeuvre propre, singulière, traitant le son comme une suite de vignettes cinétiques, narrant une histoire sans mots, mais extrêmement cadencée, rythmée par des pulsations fantomatiques. Ici, ce Big Shadow Montana pousse les idées vers un ailleurs un peu plus ensoleillé, où les rayons viennent décatir le semblant de vie organique, qui pousse doucement. Le drone comme une brise mordante ? C’est un peu cela qui se joue ici, à coups d’instruments analogiques, de bandes traitées, de longues trainées de bruits calmes finissant par former harmonies soudaines et mélodies cachées. Aucune tentation de nostalgie ou de citation, ni même de dialogue : il y a là une unité de lieu et de moment explorés, au-delà des disques des uns et des autres. Parfois, en fond, une voix comme celle d’un chanteur d’opéra tente de crever la surface, mais demeure assujetti à sa bulle d’origine, sourde. Quoi qu’il en soit, il y a ici une élégance, comme celle d’un vieux cinéma aux fauteuils de feutre rouge, dans lesquels s’assoir est autant un plaisir qu’un voyage.

Le disque se trouve chez Helen Scarsdale.

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