Archives mensuelles : avril 2011
Jeudi soir, Ramleh aux Instants Chavirés
Le festival Sonic Protest a eu la bonne idée d’inviter les vétérans Ramleh, qui ont, avec Skullflower, inventé une brèche et un genre dans les années 80, entre musique industrielle, bruit, rock défoncé, électronique gothique… Je disais du bien de leur CD Hole In The Heart, réédition d’une cassette d’époque, et quelque chose me dit que leur concert aux Instants Chavirés devrait être aussi beau et pénétrant que celui de leurs acolytes Skullflower, au même endroit, il y a deux ans.
Une vie aussi étrange qu’un complot
Toujours été fasciné par Felt, et ce morceau, à la si longue introduction, jusqu’au moment où Lawrence se met à chanter, élevant plus encore la tension, menant à l’instant, quelques secondes plus tard et plus énigmatique encore, où arrive la voix de Liz Fraser. Avec cette construction tout en élévations bancales et équilibristes, Primitive Painters sortait d’un ailleurs, n’appartenait pas à la masse des morceaux de l’époque, même si l’on y trouve des traces de Cocteau Twins et un appel vers ce qui sera ensuite du shoegazing. Pour autant, il y a là quelque chose de lyrique (mais modeste) et exaltant, en forme d’estrade supplémentaire pour Felt, qui, pensait-on, voguait vers la gloire – alors même que ce n’était qu’une marche de plus vers une disparition programmée.
J’ai vu Andrew Chalk et Timo Van Luijk
Les disques d’Andrew Chalk sont parmi mes préférés de cette catégorie entre deux territoires, entre le drone et l’ambient. Il en a fait des dizaines, seul ou avec d’autres, notamment au sein de Mirror (aux côtés de Christoph Heeman et, parfois, Jim O’Rourke) et j’y trouve à chaque une même forme d’étonnement, lent et séducteur. De Timo Van Luijk, je connaissais moins de choses, mais j’aimais déjà beaucoup son duo avec Heeman, In Camera, ainsi que les quelques beaux coffrets sortis ces deux dernières années sur son label Metaphon. Leur rencontre était ainsi une des belles promesses de ce festival Sonic Protest 2011 et la musique entendue était bien à la hauteur. Vibrant doucement dans la belle église Saint-Merri, rue de la verrerie à Paris, ce qui sourdait de ce duo, le faisait avec grâce et peu de bruit : ici, le volume était réduit, comme pour mieux accentuer la lenteur, le peu de gestes, l’élégance de mouvements élégiaques, mais tout de même si fortement maîtrisés. Chaque poussière de geste semblait avoir un sens : l’un était à la flûte (reliée à une pédale discrète) et l’autre au synthétiseur (un Roland analogique, antédiluvien, armé de pédales), construisant des tonalités rêveuses et résonantes, jouant avec le silence. Par moments, on entendait presque davantage la respiration des spectateurs, les craquements du plancher, un téléphone qui sonne et l’on pensait sans cesse à John Cage, ses idées sur le silence qui n’existe pas et l’on se surprenait à vouloir garder à tout prix ce concert en mémoire, à l’imprégner dans le cerveau et le coeur aussi fortement que possible. Une minute de tout cela est sur Palmiers Pyramides, mais elle ne saurait rendre justice à ce qui s’est vraiment déroulé là, tout à l’intérieur, annonciation intime d’un moment de grâce magique.
Un samedi soir à Marseille
J’écoute Raime (et j’adore ça)
Beaucoup d’espace dans cette musique dont peu de choses sont parvenues jusqu’ici. Deux maxis, apparemment, mais qui s’écoutent sur YouTube plutôt qu’ils ne s’achètent. Et après tout, on a l’air un peu bête, ces temps-ci, à encore et toujours vouloir courir après des maxis, non ? En tout cas, la musique de Raime opère un drôle de charme, tout en nuisances intimes : sombre, ralentie, emplie d’échos (ces voix lointaines sur le morceau mis ici, en droite lignée – et descente – de MBV et Seefeel), de silences et d’espaces entre les coups. Désenchantée ? Sans doute un brin, mais surtout comme un cousin plus austère encore, de la lignée Kode9 / Burial, qui, à côté des atmosphères délétères mises en scène ici, feraient presque office de joyeux drilles. Presque.
J’écoute Woody Simmons
Vous connaissez Xander Harris ?
J’écoute Model 500 (et je rêve encore de danser à Detroit)



