Archives mensuelles : février 2011
J’écoute Gene-P de Maurizio Bianchi
J’écoute Joe McPhee & John Snyder : Pieces of Light
Le genre de disque impossible à refaire, qui n’a pas d’âge tout en étant daté au carbone : un duo fait d’un saxophoniste afro-américain et d’un musicien électronique. Le premier joue de son instrument, s’en échappe parfois pour prendre des cloches, des percussions, tandis que l’autre s’affaire à tirer des timbres, des sons, des mélodies fracturées de son Arp. Tout cela se passe en 1974, il s’agit du troisième album de McPhee (dont le premier, Nation Time est une bombe de free jazz hypnotique, électrique et nerveux qu’il faut écouter immédiatement si vous ne l’avez jamais entendu). Le disque est présenté comme un enregistrement d’avant-garde, comme une suite de sculptures ou peintures sonores, à l’image du dessin qui orne la pochette. Mais, il n’en est pas vraiment ainsi : McPhee tire des plaintes parfois sereines, souvent mélancoliques de son instrument et Snyder parvient à faire geindre son synthétiseur, à la métamorphoser parfois en bombardier, comme sur ce morceau au titre formidable – Les Héros Sont Fatigués. Cinq compositions en face A annoncent la couleur de l’unique morceau qui trône de l’autre côté : un Colors In Crystal qui frise vingt minutes d’abstraction minimaliste. Le tout évoque, en début de nuit, une version réduite de Wolf Eyes qui tenterait de jouer du blues décharné dont on aurait soustrait tout superflu, jusqu’au muscle, pour ne garder qu’un entrefilet de nerfs faillibles.
Je replonge dans Sun Ra (5) : Nuclear War
Un disque pour la nuit : African Skies de Phil Cohran
L’écoute attentive du premier album de Phil Cohran, On The Beach (1967), quelque part dans les années 90, avait réellement changé ma façon d’écouter : cet album, sorti dans les années 60, en catimini, contenait tout ce que j’aimais alors (et depuis) dans le jazz, et la musique en général. Un sens du temps qui s’arrête, de l’énergie et du ralentissement, une volonté de faire avancer les choses, de la joie aussi. L’oeuvre de Cohran était alors inatteignable et j’avais entendu parler d’un deuxième album, encore plus rare que le premier, en hommage à Malcolm X. Depuis, le premier disque est ressorti, celui pour Malcolm, tout aussi sublime, a été réédité par Mississippi et voilà qu’après un coffret de 45 tours fait par Jazzman Records et deux autres disques inédits de 1968 (Armageddon et The Spanish Suite, mais pas encore écouté), surgit un album live datant des années 90. Hommage à Sun Ra, ancien maître de Cohran, qui venait de disparaitre, l’album épate par ce qui surnage : une musique entre jazz et folk, répétitive et légèrement saoule (soul ?), atmosphérique et doucement entêtante. On y entend beaucoup de réverbérations de harpes, de guitares, de petits instruments, des voix saisies dans le fond. C’est très beau, c’est moins dynamité que les albums des années 60, mais d’une inspiration différente, tout aussi spirituelle, mais plus funéraire sans doute, plus rose, peut-être. PS : les plus accros à Cohran se ressourcent fréquemment dans son formidable Dorothy’s Dance, petit morceau dansant et épatant, dissimulé en fin d’un album de Sun Ra, Holidays For Soul Dance.
Un nouveau coffret d’Autechre “EPs 1991-2002″
Je replonge dans Sun Ra (4) : UFO
Radiohead (King of Limbs) ou PJ Harvey (Let England Shake) ?
Ce midi, nous parlions sur France Culture (La Grande Table) de la justesse et de la réussite du nouvel album de PJ Harvey : 40 minutes denses, qui évoquent l’Angleterre et la guerre, enregistrées dans une église, serties par des arrangements qui mixent folk, kraut, no wave, Led Zep, et servies par une écriture lapidaire, tranchante et poétique. On y entend, à propos du pays, les échos de Morrissey, de TS Eliot et, plusieurs fois de suite, on s’y surprend à avoir la chair de poule. Dans la foulée, samedi, sortira le nouvel album de Radiohead, King of Limbs, disponible d’abord en téléchargement, puis dans une version luxueuse. On en reparle, après l’avoir écouté.
Je replonge dans Sun Ra (3) : Twin Stars Of Thence
Je réécoute Expressions de Dave Wallace






