J’écoute Joe McPhee & John Snyder : Pieces of Light
Le genre de disque impossible à refaire, qui n’a pas d’âge tout en étant daté au carbone : un duo fait d’un saxophoniste afro-américain et d’un musicien électronique. Le premier joue de son instrument, s’en échappe parfois pour prendre des cloches, des percussions, tandis que l’autre s’affaire à tirer des timbres, des sons, des mélodies fracturées de son Arp. Tout cela se passe en 1974, il s’agit du troisième album de McPhee (dont le premier, Nation Time est une bombe de free jazz hypnotique, électrique et nerveux qu’il faut écouter immédiatement si vous ne l’avez jamais entendu). Le disque est présenté comme un enregistrement d’avant-garde, comme une suite de sculptures ou peintures sonores, à l’image du dessin qui orne la pochette. Mais, il n’en est pas vraiment ainsi : McPhee tire des plaintes parfois sereines, souvent mélancoliques de son instrument et Snyder parvient à faire geindre son synthétiseur, à la métamorphoser parfois en bombardier, comme sur ce morceau au titre formidable – Les Héros Sont Fatigués. Cinq compositions en face A annoncent la couleur de l’unique morceau qui trône de l’autre côté : un Colors In Crystal qui frise vingt minutes d’abstraction minimaliste. Le tout évoque, en début de nuit, une version réduite de Wolf Eyes qui tenterait de jouer du blues décharné dont on aurait soustrait tout superflu, jusqu’au muscle, pour ne garder qu’un entrefilet de nerfs faillibles.

Les productions de Craig Johnson sont toujours particulièrement intéressantes. John Snyder est un des grands joueurs de synthés de l’époque. Il faut écouter le LP de Bruce Ditmas (un temps batteur de Enrico Rava) “Yellow” (wizzard 222) avec Joan La Barbara.
Je réécoutais, dernièrement, justement, “Tenor”, grand disque de Joe McPhee seul. Mais on a aussi, avec le même Snyder, que j’ai aussi réécouté ces temps-ci : “Rotation” (avec le génial Marc Levin, une réédition BYG à l’époque de ce trompettiste extraordinaire : le génial “The Dragon Suite”) et “The Willisau Concert” (avec Snyder donc et Makaya Ntshoko, batteur entendu chez Mal Waldron avec Steve Lacy, entre autres).