J’écoute Memoirs of a Lepidopterist de Christoph Heemann & Andreas Martin

Plus de dix ans maintenant que j’aime écouter les productions de Christoph Heemann, notamment ses groupes Mirror (avec Andrew Chalk) et, plus récent, In Camera : on y entend une musique céleste, très belle et plutôt élégiaque, bourdonnante et étrangement opaque – je n’ai jamais su comment ces drones se fabriquaient et le mystère m’allait bien. De Heemann, j’adorais aussi un album fait avec Merzbow, et quelques autres avec Current 93, tout en sachant que Jim O’Rourke en était proche, ayant même fait partie, vers le début des années 2000 de Mirror. Il y a quelques jours, je suis tombé sur ce double CD de compositions faites avec Andreas Martin, dont certaines remontent aux années 1980 lorsque les deux musiciens faisaient partie d’un groupe, HNAS, qui avait eu son heure de gloire dans les milieux post-kraut et néo-Indus. En prenant cet album, qui compile leurs travaux ensemble, je pensais retrouver la même ferveur qui jaillit de Mirror, quiète et dense, et sans doute mâtinée de collages et bruits comme les affectionnaient les proches de Nurse With Wound il y a 25 ou 30 ans. Surprise, ce n’est pas là un disque de drones, mais plutôt un album de morceaux évoluant entre la répétition nonchalante du krautrock, les montages surréels mais discrets de quelques électroniciens obscurs, les guitares minimales de John Fahey dont aurait extirpé les accents blues. En quelques mots, ces morceaux composés entre 1987/88 et 1993/95 (à l’exception d’un seul plus récent, de 2000), évoquent ce qu’ont tenté de faire vers le milieu des années 90 des groupes comme Tortoise et surtout Gastr del Sol dans lequel Jim O’Rourke et David Grubbs semblaient, rétrospectivement, très au fait de ce que Heemann et Martin avaient de leur côté, en Allemagne, déjà enregistrés. Et en 2011, sonnant comme le chainon manquant entre le krautrock et le post-rock, entre la musique industrielle et la techno minimale, cet album s’écoute comme un vrai trésor retrouvé, un caisson de résonance avec l’époque, qui sert de machine à démonter le temps, à rêver d’autres réalités musicales.

1 commentaire
  1. Fred a dit:

    Sans doute ma “compil” préférée de tous les temps. Acheté un ultime exemplaire chez Forced Exposure vers 98/99. Un ami spécialiste de Heemann et HNAS m’avait dit : “tu y trouveras du Gastr Del Sol avant l’heure”. J’y ai trouvé encore bien plus…

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