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Archives mensuelles : octobre 2010

Ne pas écouter ce disque comme si l’on connaissait le groupe, ni comme s’il s’agissait d’un retour ou d’une visite inattendue. L’écouter en regardant les six photos des membres du groupes : six hommes aux têtes façonnées à la serpe, habités par leur âge et dont les visages burinés, les regards hantés par les années passées, contrastent tant avec les figures angéliques des groupes de 2010. Ces hommes-là ont 50 ans, peut-être plus, parfois un peu moins, mais ils ont surtout dans les yeux ce drôle de fluide lumineux qui suggère une intensité de démon. Et leur disque est ainsi, qui galope à la façon d’une cavalcade tendue, qui hennit et flamboie en même temps, forçant le monde qu’il investit à courber légèrement devant lui. Cet album des Swans s’écoute d’un bout à l’autre, ne laisse jamais place à l’envie de l’arrêter, et occupe le temps comme peu de disques de rock l’auront fait récemment. Il est sombre et dense, évoque par son chant, notamment sur le long premier morceau, un assemblage de ritournelles maladives, maudites. Après 9 minutes d’ouverture martelées, l’album cède la place à une chanson plus calme, plus angélique et ouvre la voie à des moments calmes, mais toujours portés par un même entêtement sonique. Car, c’est bien là que réside la beauté des Swans : dans la répétition des phrases et des motifs, créant tension et angoisse à partir d’une diaspora de sons revêches, mais très cadrés, jouant plutôt avec le volume, l’intensité qu’avec l’addition de choses nouvelles ou la progression gratuite. Retour inattendu, ce Swans version 2010 n’en est pas pour autant liminal ou indécis : il est au contraire le témoin patent d’une énergie non démentie, d’une identité toujours forte et vive, qui fait que ces jours-ci, bizarrement, l’envie d’écouter cette musique prévaut sur celle de presque n’importe quel autre groupe boxant dans la même catégorie. Vieillir n’est pas mourir, c’est parfois revivre.

Les plus beaux disques ne sont souvent pas sur les étagères des collectionneurs de vinyle, mais dans les pages de leurs livres. Mes plus beaux disques de Sun Ra sont répertoriés dans de gros volumes, tout comme les plus intouchables singles de punk ou les plus inconnus des albums de free jazz. Il y a deux semaines, je tombais à LA sur un nouveau livre recensant des disques et, amateur à mourir de livres sur la musique, je l’ai pris, attendu quelques jours avant de rentrer à Paris, de l’ouvrir et le regarder vraiment. Sans doute, avais-je un peu peur : peur d’y voir des 45 tours jamais croisés ailleurs, et que j’aurais forcément trop envie de me mettre à rechercher. Et puis, en y plongeant, je me rends compte que ce qui est beau, au-delà de chaque disque, c’est l’accumulation qui en est faite dans le livre et tout le projet qui sous-tend la publication : mettre en scène une sélection de 45 tours sortis ces dernières années par des labels indépendants américains, et qui témoignent chacun d’un vrai labeur amoureux, acharné. On y voit des disques de tous horizons, depuis les Melvins jusqu’aux plus récents Topaz Rags, répertoriés selon leur provenance géographique. Touchable Sound est ainsi divisé en régions et à chacune correspond une sélection de 45 tours : un découpage idéal pour qui voudrait réviser des cours de géographie longtemps détestés… Surtout, on y découvre une multiplicité de disques aux graphismes, confections et fabrications souvent aux limites du raisonnable, dépassant le fétichisme pour atteindre autre chose, la beauté de l’objet accompli. Le livre est ponctué par des textes, des témoignages, des analyses qui donnent un peu le pouls de l’Amérique indie des années 80, 90 et 2000, à la manière d’une vaste exposition – celle-là même que l’on rêve de voir en France, à chaque fois qu’un musée nous ressert, à l’occasion d’une quelconque exposition sur la musique, les mêmes vieilles pochettes d’album des seventies, dont on a trop soupé. Touchable Sound est, au contraire, une virée inédite dans les images de la musique indépendante, à travers des objets si joliment faits, mais si peu distribués qu’ils sont passés sous silence. La beauté de 2010, c’est qu’un livre permet de les découvrir, de se refaire une histoire intime des USA, tout en retrouvant chacun des morceaux éparpillés à gauche ou à droite sur des blogs, en deux ou trois clics. Le livre, si ça vous intéresse, est édité par soundscreen design, qui en a fait plusieurs autres, très beaux.

David, en plus d’être un critique remarquable (il a travaillé pour Classica et a longtemps été, jusqu’à ce mois-ci, rédacteur en chef du magazine Mouvement) fait de la musique depuis plusieurs années sous le nom That Summer. Son premier album, qui remonte à quelques années déjà, est d’ailleurs considéré comme un classique post-cold wave européen, et dans le genre, il demeure un de mes disques favoris. Avec les années, le son de That Summer a évolué, jusqu’à un nouvel album, Near Miss, sorti ces jours-ci, plus rock, plus direct que par le passé, avec une splendide pochette signée par la photographe Dorothée Smith. Pour l’occasion, j’ai demandé à That Summer une liste commentée de ses classiques rock, livrée ici par ordre chronologique. Et à laquelle, il a rajouté une liste de disques classiques, histoire d’ouvrir les pistes .

Joy Division : Unknown Pleasures (Factory, 1979)
Difficile de ne pas les citer, même si, je l’avoue, j’ai un instant hésité avec les géniaux Tones
On Tail… ou avec Low Life de New Order. C’est en fait un top 100 qu’il eût fallu faire
– pour ne pas qu’on croie que je suis resté bloqué dans les années 1980, et surtout que je
n’écoute que du rock (et que du rock triste) ! En fait, curieusement, de Joy Division je retiens
avant tout des morceaux, plus que des albums. Et pour Disorder (que l’on a d’ailleurs repris
récemment avec Thisisthehellomonster!), Insight et She’s lost control, je choisis celui-ci.

The Cure : Faith (Fiction Records, 1981)
Sans doute le disque de « rock » qui m’a le plus marqué, plus encore que Seventeen Seconds,
Pornography, voire The Top du même groupe (paix à son âme). Je l’ai acheté à l’Intermarché
de Châteauroux, c’était l’hiver, et dès que je l’ai posé sur ma platine, ça a été l’hiver partout
dans la chambre. Ce son… Des chansons bouleversantes (à commencer par la chanson-titre),
une voix chargée d’une émotion inouïe se découvrant derrière une atmosphère uniformément
cotonneuse et léthargique… Je ne pensais pas que la musique pouvait produire un effet pareil.
(Pour plus de détails, on peut lire la chronique que j’en avais faite à l’occasion de sa
réédition, et que j’avais été particulièrement heureux d’écrire : http://www.mouvement.net/
cddelasemaine-202528-faith-deluxe-edition-

Coil : Horse Rotorvator (Force & Form, 1986)
Un sommet de la musique dite « industrielle » qui n’a pourtant plus rien d’industriel… Pour
moi, la quintessence du génie d’un « groupe » qui condense déjà en lui-même une foule
de références culturelles qui me passionnent. Comme d’ailleurs pour les autres disques de
ce classement, il faudrait des pages pour entrer dans tous les détails sonores et visuels qui
font l’inépuisable richesse de cet album, et décrire intelligemment tous les sentiments qu’il
déclenche chez moi…
(J’ai beaucoup écouté de musique industrielle, des choses comme Test Department,
Einstürzende Neubauten, The Young Gods, etc., et aussi beaucoup de cette mouvance néo-
folk à laquelle Coil a été parfois mêlé (voir par exemple le sublime Earth Covers Earth de
Current 93) : c’est plus ou moins sous ses auspices que j’ai débuté, puisque le premier album
de That Summer, dont le nom vient d’un album de Death In June, a été « produit » (façon de
parler) par Tony Wakeford, de Sol Invictus. Avec le recul, j’en conçois une certaine fierté,
comme de tous les autres musiciens avec qui j’ai eu la chance de travailler par la suite.)

Cocteau Twins : Victorialand (4AD, 1986)
J’aime quasiment tous les disques du label 4AD jusqu’à 1990 en gros, et des groupes
comme Dead Can Dance, This Mortal Coil (auquel on compare souvent That Summer, ce
que je trouve à la fois curieux et flatteur), Wolfgang Press ou, plus tard, Pale Saints ont
énormément compté pour moi. Les Cocteau Twins avaient quelque chose de vraiment unique,
en particulier sur ce disque où l’on n’entend plus la moindre boîte à rythmes, presque plus
de basse, juste des guitares, en couches ou en arpèges, et par-dessus la voix, les voix de Liz
Fraser. Des chansons comme des nursery rhymes… En fait, en y réfléchissant, je me dis que
tous mes albums préférés sont ceux qui parviennent à enclencher l’imagination, à provoquer
des associations visuelles fortes, qui m’amènent à échafauder un univers mental propre : en
l’occurrence, ce disque m’évoque une Angleterre fantasmée, victorienne ou pré-raphaélite,
celle de Lewis Carroll, d’Oscar Wilde, de John Keats, des jardins anglais dans la pénombre,
d’un groupe comme And Also The Trees… Il est parfait pour le soir, parfait pour le matin, on
peut l’écouter en boucle comme du Morton Feldman, et je crois que depuis qu’il est sorti, il
ne s’est pas passé un mois sans que cela m’arrive.

Wire : The Ideal Copy (Mute, 1987)
J’ai failli mettre 154 (de 1979), à cause de Two People In A Room ou A Touching Display,
mais je préfère finalement retenir un disque des années 1980, période que l’on sous-estime
alors que pour moi elle est vraiment la plus passionnante du groupe. C’est celle où Colin
Newman s’affirme comme un songwriter de génie, où Wire commence à expérimenter
avec l’électronique (même si cela a parfois vieilli), où la complémentarité de ses membres
fonctionne idéalement… Autres caractéristique de mes albums préférés : mon morceau
fétiche varie avec le temps. Des électro-popsongs sucrées, faussement cheesy (Madman’s
Honey et son texte dingue, Ambitious, Cheeking Tongues) aux morceaux plus hypnotiques,
voire énervés (Over Theirs, Feed Me – sans parler des nombreux bonus de la version CD, du
miraculeux The Drill, qui annonce LCD Soundstsystem avec 15 ans d’avance, à A Serious
Of Snakes), je crois que les plages de cet album y sont toutes passées. Wire est un groupe très
intelligent (ce qui peut être parfois être un obstacle pour faire de l’art : le calcul, c’est souvent
contre-productif), et en même temps extrêmement primal : j’aime bien cette combinaison,
ce mélange de recul et d’abandon (que la virtuosité instrumentale facilite grandement il est
vrai, soit dit en passant) que je retrouve aujourd’hui chez des groupes comme The Chap, voire
LCD Soundsystem.

David Sylvian : Secrets Of The Beehive (Virgin, 1987)
Un artiste que je trouve éminemment admirable, à la fois pour son parcours artistique – de
la pop néoromantique de Japan à l’hyper expérimentation de son dernier disque solo – et
pour son cheminement « spirituel », en tout cas humain : à mon avis, c’est l’osmose entre
les deux qui lui permnet de progresser, à tout le moins d’évoluer, à chacun de ses disques.
Je suis assez fasciné par la méditation, le yoga, ce genre de pratiques que l’on a souvent
tendance à railler dans notre pays tellement, maladivement cartésien (cf. la réception du livre
de David Lynch), et pour cela tellement coincé dans son rapport au corps. Et je crois qu’à
travers son intérêt pour les philosophie orientales, David Sylvian cherche, un peu à la manière
d’une Meredith Monk, à renouer avec une pratique de la musique qui ne se pratique plus
guère en Occident. Reste à savoir si cela est possible dans le cadre de la pop (ses codes, son
business), qui ne permet pas forcément une relation aussi intime, aussi quotidienne, aussi
directe avec la musique… En tout cas, pour parler comme le « rock-critic » que je ne suis
plus vraiment, Sylvian a toujours chercher à distendre les cadres de la pop (cf. son autre chef-
d’œuvre, Blemish), à défricher de nouvelles voies pour laisser s’épanouir une voix il est vrai
exceptionnelle (et très caractéristique, ce qui peut être un obstacle parfois, car elle prend alors
trop de place) ; et qui, pour cela, a toujours su s’entourer de musiciens exceptionnels, qu’ils
viennent du jazz ou de la scène électronique expérimentale, sans que l’on puisse je crois le
taxer d’opportunisme (n’en déplaise à The Wire, qui éreintait son dernier disque avant de le
placer dans son top de fin d’année, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une quelconque pose arty).
Cet album est sans doute mon préféré (et celui de beaucoup de gens ; je me rappelle, quand
je l’avais interviewé la première fois, que Sylvian le déplorait, regrettant que cela le fige dans
une image qui ne lui correspondait pas vraiment), et c’est aussi son plus « pop » : ce sont
vraiment des pop-songs classiques, enregistrées visiblement avec de gros moyens (les cordes
arrangées par Sakamoto), mais avec un raffinement, une singularité et un goût exquis…
Certains morceaux sont presque des standards (Waterfront, Let The Happiness In…), il y a ce
chef-d’œuvre d’à peine une minute trente (j’aime bien les morceaux très brefs), September,
qui ouvre l’album, il y a des morceaux presque jazz, et par-dessus tout cette voix suave…
Difficile de s’en lasser.
(C’est drôle, car le deuxième 45 tours que je me suis acheté, lorsque j’ai découvert la
musique « non-classique », vers 13 ans – c’est-à-dire assez tard, mais trop tôt pour s’intéresser
encore à David Sylvian et aux choses plus « spé » : c’est venu 5 ou 6 ans après –, était celui
de Forbidden Colours, qui figure en bonus, dans une nouvelle version, sur le CD de Secrets…
– le morceau composé avec Ryuichi Sakamoto pour la BO du film Furyo, et qui avait fait
un carton vers 1983… Carton qu’aurait dû d’ailleurs réitérer, dans un monde idéal, World
Citizen, le single que Sakamoto et Sylvian ont publié ensemble vers 2005 : pour moi l’un des
plus beaux morceaux des années 2000, une version actualisée – disons « post-Fennesz » – de
Forbidden Colours, passée complètement inaperçue…)

Autechre : Amber (Warp Records, 1994)
J’écoute beaucoup de musique électronique. J’ai été lent à m’y mettre, c’est venu vers 1994-
95, à travers des choses assez froides comme Lassigue Bendthaus, Meat Beat Manifesto
 ou, justement, Autechre, puis les autres groupes Warp. Les maxis et albums de la première
période m’ont fait vraiment forte impression : il me semblait retrouver l’esprit de la new
wave (ces nappes de synthé cold) mariée à une science innée du rythme (je suis très sensible
au rythme, peut-être parce que j’ai étudié la percussion). Et je trouve, avec le recul, que ce
disque – c’est bien sûr le propre des chefs-d’œuvre – n’a pas pris une ride… Dieu qu’il est
difficile de dire des choses intelligentes sur des œuvres qui nous sont si proches et familières !
(A la place, je pourrais raconter (encore) une anecdote : c’est en lisant des interviews de 
Sean Booth et Rob Brown, et que je me suis rappelé une période de ma vie que j’avais
complètement oubliée, et qu’avec le recul, on pourrait considérer comme les prémisses de
ma vocation musicale. C’est les entendant parler de leur adolescence en effet que je me
suis rappelé que j’avais fait la même chose qu’eux : remixer mes chansons préférées (je me
rappelle notamment de Tu tournes mon cœur, sur le deuxième album de Stephan Eicher –
eux, c’était plutôt du hip-hop) à l’aide d’une simple platine cassette – des sortes d’edit avec
de longues intro, où je bouclais artisanalement les passages que je préférais, une main sur
la touche « pause » de la platine cassette, l’autre sur le bras de la platine… C’est peu après
que j’ai eu mon synthé, sur lequel j’expérimentais de manière intuitive, parfois avec mon
ami Rainier Lericolais… Cette dimension expérimentale, et instrumentale, doit se retrouver
j’imagine sur mes disques, même si Near Miss privilégie une approche résolument rock,
directe…)

Swans : The Great Annihilator (Young God Records, 1994)
J’adore ce groupe, son jusqu’au-boutisme, sa phénoménale puissance, sa faculté à se
renouveler, la personnalité et la voix de son leader Michael Gira (à mon avis l’égal d’un
Leonard Cohen ou d’un Bill Callahan). En ce sens, je préfère encore les Swans à Sonic Youth
– aux côtés de qui ils ont débuté –, que j’adore, mais qui me semble quand même tourner
en boucle depuis un certain temps… Objectivement, The Great Annihilator n’est peut-être
pas le meilleur Swans (peut-être Children Of God ou Soundtracks For The Blind sont-ils
 de plus grands disques ?). On peut le trouver très monolithique, voire oppressant, avec ces
hallucinants empilements de guitares ; pour ma part je le trouve d’une remarquable unité, et
d’une impressionnante constance d’inspiration. Comme un bloc de lave incandescent dont
chaque morceau serait un tube, avec ces lentes montées qui sont la marque de fabrique des 
Swans « deuxième période », et qui annoncent Godspeed You! Black Emperor avec quelques
longueurs d’avance…

Pinback : Blue Screen Life (Ace Fu Records, 2001)
Mine de rien, Pinback est l’un des groupes auxquels on se réfère le plus souvent entre nous,
dans That Summer. Que ce soit à cause de leur son très original, avec ses batteries sèches, et
surtout ces jeux de timbres entre la basse (Zach Smith, le bassiste, est un tueur) et la guitare
(souvent une baryton), ou en raison de leur style, avec ces harmonies très travaillées, ces
constructions en chausse-trape, ces contre-chants et gimmicks vocaux toujours subtils… J’aime
les groupes à « gimmicks », les petites motifs qui tuent, c’est pour cela que j’apprécie autant
un groupe comme Depeche Mode par exemple…
Blue Screen Life est à mes yeux un disque exceptionnel. Beaucoup de groupes feraient trois
ou quatre chansons avec les idées contenues dans un seul des morceaux de celui-ci. C’est
en même temps hyper foisonnant et hyper dépouillé, souvent poignant et souvent drôle (cf.
leur textes sybillins), à la fois très américain (post-grunge) et très britannique… jusqu’à cette
magnifique pochette ornée de photos des années 50. Un classique.

Programme : L’Enfer tiède (Lithium, 2002)
Parfois, il arrive que j’aie vraiment la haine, que je me sente profondément déprimé, pour
les mêmes raisons que celles qui dépriment tout le monde (en gros : le monde dans lequel
nous vivons, et ses allures de cul-de-sac). Dans ces moments-là, la musique de Programme
est quasiment mon unique source de consolation : je l’écoute et elle me donne envie de me
ressaisir, voire de faire la révolution. Je tiens L’Enfer tiède pour le disque en français le plus important depuis La Fossette de
Dominique A (qui suivait de peu le Novice de Bashung) ; et l’œuvre de Programme, pour
l’une des plus nécessaires qui se construise aujourd’hui, toutes disciplines confondues. Ils
ont trouvé une manière unique, et en fin de compte inimitable, de dire en musique, de façon
passionnante (leurs disques mixent la cold-wave, la noisy-pop, l’électroacoutsique, le hip-
hop, la poésie sonore, le free-jazz…) et jamais complaisante, les maux de la génération à
laquelle j’appartiens, tiraillée finalement entre le désespoir et le cynisme, et travaillée par
la question de l’engagement. Il est vraiment très, très difficile d’écrire en français – du 
moins des textes « politiques », pour employer un qualificatif somme toute réducteur – après
 Programme…

Bonus CLASSIQUE :
 – Maurice Ravel : Quatuor à cordes
 – Béla Bartók : Concerto pour piano n° 2 
- Claude Debussy : Children’s Corner pour piano 
- Dimitri Chostakovitch : Quatuor à cordes n° 8 
- Igor Stravinsky : Le Sacre du printemps 
- John Adams : China Gates/Phrygian Gates pour piano 
- Gurdjieff/De Hartmann : musique pour piano 
- Johann Sebastian Bach : Passion selon saint Matthieu 
- Heitor Villa-Lobos : mélodies
- Leos Janácek : Quatuor à cordes n° 1

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