Archives mensuelles : octobre 2010
Vous aimez le footwork ?
Un morceau pour la journée : Synchronize de Discodeine et Jarvis Cocker
Vous avez écouté le North de Dark Star ?
Depuis deux jours, depuis que David a envoyé le lien, j’écoute ce disque et je suis effroyablement perplexe : d’abord, je ne m’attendais vraiment pas à ça et puis, je suis très étrangement envouté. Evidemment, le fait qu’ils soient sur le même label, va faire que tout le monde (ou en tout cas la presse paresseuse) comparera d’emblée cet album à l’Untrue de Burial, disant qu’il s’agit de la même déflagration. Or, j’ai l’impression que ces deux albums sont diamétralement opposés dans ce qu’ils proposent esthétiquement : Burial mettait en scène un quotidien de pluie et d’urbanité glauque, prise entre fast-food et jeu vidéo, entre samples décharnés et bruits de ville désenchantée. Darkstar est au contraire dans une position différente, plus pop, plus enjouée aussi, mettant dans son post-dubstep (parce qu’on en est là) une once de pop que l’on croirait sortie d’un album d’un de ces beaux groupes anglais mineurs qui tentaient dans les années 80 de conquérir le monde depuis leur chambre. Pas un hasard, donc, si Darkstar reprend Human League, mais dans une version neurasthénique, qui évoque plus Spiritualized que le dancefloor, les drogues molles que la coke du trader. Tout North est ainsi : un disque de vague à l’âme moderne, triste mais enjoué, bien moins angoissé que Burial, mais d’où sourd tout de même une fausse joie subrepticement, doucement, implicitement, angoissante. Album de l’année, sans doute, dans une année qui a compté quelques bons disques : il est temps de se lever, de se réveiller, de se bouger, pour parler de ce groupe, de quelques autres, qui comptent vraiment et enterrer enfin tous les inutiles qui polluent la musique. Il faut une révolution, une révolte, il faut regimber, maintenant.
Je lis le Vagabond de Tokyo 2 édité par le Lézard Noir
Après un premier volume paru il y a un an, rempli d’histoires très fiévreuses et drôles, le Lézard Noir persévère et sort un autre livre d’histoires courtes autour du même personnage, dues à Takashi Fukutani. Ce Vagabond de Tokyo 2, dont les récits datent des années 1982 à 1984, est aussi exaltant que son prédécesseur et, par certains aspects, bien plus fou encore. Toutes les histoires du livre mettent en scène un personnage de loser japonais, établi dans un Tokyo prospère mais dont il ne voit que la face sombre et les côtés les plus miséreux, misérables. Minable, loti d’un quotidien crasseux, incapable de travailler, courant après un argent qu’il lui est impossible de garder, exposé à des situations rocambolesques qui se retournent, le plus souvent, contre lui, ce personnage n’est pas pour autant un repoussoir : il est, au contraire, extrêmement attachant par ses failles, ses déviations de la norme, sa paresse et son désir de s’en sortir tout en se retrouvant, toujours, floué par la vie. Et, là où les personnages d’un auteur comme Tatsumi persévèrent dans leur solitude profonde, s’ancrant presque d’eux-mêmes dans la violence sourde du quotidien sans jamais y trouver le moindre réconfort, les personnages du Vagabond jouissent au contraire d’un privilège rare : celui d’avoir de l’humour – ou en tout cas, bénéficient du regard très amusé et jamais cynique de leur auteur, qui appuie à la fois là où ça fait mal et là où ça fait rire, en même temps. Ici, les histoires assemblées forment un portrait d’une ville et d’une poignée de marginaux, de figures comme on en croisait parfois dans les pages brûlées et oubliées de Métal Hurlant : des personnages de BD, qui charrient avec eux, dans leurs corps dessinés, toute la cartographie douloureuse du réel. Ce deuxième volume est sans doute plus attachant encore que le premier : vivement le troisième !
Je voudrais du café ou du thé
Des photos de la tournée de High Wolf et Topping Bottoms au Japon
Je suis Rua Madureira avec Nino Ferrer
J’écoute Tones / Zones de Bitchin Bajas
Voilà le genre de disques qui ne changera pas le cours des choses, ne mettra pas de vie en danger, ne sera pas cause de ruptures sémantiques, ni de détestations féroces. Voilà le genre de disques que j’aime, profondément. Parce que j’ai l’impression de pouvoir m’y lover, sans en connaitre exactement les recoins ou les parois : un disque inattendu, que je n’aurais même pas acheté si on ne me l’avait pas signalé, si je ne l’avais pas écouté dans une boutique. Il est pourtant sorti sur Important Records, dont je suis les productions et il est même apparu en même temps que leur réédition de l’album Wizards de JD Emmanuel. Ce dernier a sans doute éclipsé Bitchin Bajas, avec lequel il possède plusieurs échos et correspondances immédiates. Tomes / Zones est ainsi fait à partir de synthétiseurs du début des années 80 – ceux qu’utilisait au même moment JD Emmanuel. Et Tones / Zones évoque bien Wizards par son aspect hypnotique, sa quête de la ritournelle étendue et délayée à la façon de Terry Riley, ses drones allégés de toute terreur, mais néanmoins emplis d’une volonté farouche d’affecter l’écoute, d’être sensibles et présents au coeur de l’écoute. Inlassablement, depuis 4 ou 5 jours, le disque revient sur la platine, chaque soir. Une face, puis l’autre. Ou alors une seule. Parfois, c’est un son d’orgue qui demeure. D’autres fois, ce sont des accords mineurs qui surgissent du brouillard synthétique, une mélodie difficilement effaçable s’installe dans la mémoire. A un autre moment, ce sont des nappes circulaires, des attaques modales, qui parviennent aux oreilles. Il y a là beaucoup de calme et de quiétude, parfois une guitare altérée, mais, au fond, tout est fait pour que ce disque tout en strates pénétrantes ne puisse pas s’oublier, implicitement, subtilement.
Je suis dans la nuit des traquées
















