J’écoute My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky, le nouvel album des Swans
Ne pas écouter ce disque comme si l’on connaissait le groupe, ni comme s’il s’agissait d’un retour ou d’une visite inattendue. L’écouter en regardant les six photos des membres du groupes : six hommes aux têtes façonnées à la serpe, habités par leur âge et dont les visages burinés, les regards hantés par les années passées, contrastent tant avec les figures angéliques des groupes de 2010. Ces hommes-là ont 50 ans, peut-être plus, parfois un peu moins, mais ils ont surtout dans les yeux ce drôle de fluide lumineux qui suggère une intensité de démon. Et leur disque est ainsi, qui galope à la façon d’une cavalcade tendue, qui hennit et flamboie en même temps, forçant le monde qu’il investit à courber légèrement devant lui. Cet album des Swans s’écoute d’un bout à l’autre, ne laisse jamais place à l’envie de l’arrêter, et occupe le temps comme peu de disques de rock l’auront fait récemment. Il est sombre et dense, évoque par son chant, notamment sur le long premier morceau, un assemblage de ritournelles maladives, maudites. Après 9 minutes d’ouverture martelées, l’album cède la place à une chanson plus calme, plus angélique et ouvre la voie à des moments calmes, mais toujours portés par un même entêtement sonique. Car, c’est bien là que réside la beauté des Swans : dans la répétition des phrases et des motifs, créant tension et angoisse à partir d’une diaspora de sons revêches, mais très cadrés, jouant plutôt avec le volume, l’intensité qu’avec l’addition de choses nouvelles ou la progression gratuite. Retour inattendu, ce Swans version 2010 n’en est pas pour autant liminal ou indécis : il est au contraire le témoin patent d’une énergie non démentie, d’une identité toujours forte et vive, qui fait que ces jours-ci, bizarrement, l’envie d’écouter cette musique prévaut sur celle de presque n’importe quel autre groupe boxant dans la même catégorie. Vieillir n’est pas mourir, c’est parfois revivre.

Le grand moment de cette année. Intensité et puissance, gros travail sur les textures sonores, et cette voix de Michael Gira, toujours aussi gutturale …
Je n’ai pas écouté ce disque mais la pochette est superbe, un album à avoir en vinyle !!!!
J’ai eu un peu peur aux premières écoutes, “Gira fait du Gira”, sans surprise mais au final l’album est d’une grande puissance et confirme le retour de forme amorcé avec le dernier Angels Of Light, même si les derniers albums du groupe commençaient à tourner en rond. Pour rappel, Swans sont programmés au festival (excellent) BBMIX à Boulogne Billancourt fin novembre, avec James Blackshaw et les Raincoats, entre autres
L’un de mes disques de l’année ! Et bravo pour le beau texte !
« une diaspora de sons revêches », j’adore.
LA CLAQUE
un peu novice en la matière. vient de découvrir le other people d’angels of light. j’en suis resté sur le derrière. évidemment beau.
des recommendations dans la discographie tous projets confondus de michael gira svp ?
L’ayant maintenant écouté, je suis happé par ce disque. Mais je sais qu’il me faut encore pas mal d’écoutes afin de pénétrer cet univers si dense et découvrir tous les recoins de ce labyrinthe sonore. C’est comme pour tous les grands disques tel “Kid A”, “Unknown Pleasures”, “Playing With Fire”, “Bitches Brew” ou “A Love Supreme”…..
C’est inouï de voir cette alternance de moments de calme avant la tempête de rock sonique rempli de fureur flamboyante !!!!
Une des grandes œuvres singulière de 2010 !!!