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Archives mensuelles : août 2010

Prendre position, écouter et défendre les groupes d’ici, au même titre que ceux d’ailleurs. Voilà ce qui s’entend dans ces deux compilations, et qui donne envie d’être là aussi, ici. La première est un beau vinyle, sortie pour fêter les 10 ans du label SDZ Records. Elle est dynamitée d’un bout à l’autre, rock, punk, folle. On y entend au moins quatre morceaux frappants, deux par face, sur un ensemble quasi parfait de 13 chansons mordantes. Face A : Alan Courtis ouvre le disque, avec une construction sonore presque concrète, qui pose l’atmosphère. En bout de face, un morceau de Cheveu, toujours parfait, comme sorti d’un garage à peine électrifié. De l’autre côté, en milieu d’écoute, une bombe punk signée Pierre & Bastien est une des plus drôles diatribes acerbes et acides sur l’époque contemporaine, entendue depuis longtemps. Son titre ? “RMI”… Finalement, en fin de disque, il y a une comptine titrée San Francisco Poet signée Electric Bunnies et qui aurait pu être sortie sur un disque d’acid-folk par ESP-Disk vers 1968.

L’autre disque est éditée par l’excellent label La Station Radar et ne porte pas d’autre nom. Il est plus long, comporte davantage de groupes, mêlant les nationalités, mais sans donner de détails ou de pistes, comme pour laisser la musique parler, seule, à qui voudra bien l’écouter. Elle est comme une carte sonore de ce qui se fait en ce moment, comme une tranchée de strates, faite en plein coeur de la modernité musicale, une inspection de myspace et tous les autres sites où se postent en permanence des milliers de morceaux. Ici, ils sont choisis, mis en une séquence singulière. On y apprend à connaitre des inconnus, comme les turbulents Blessure Grave, dont on aimerait avoir, vite, d’autres nouvelles.

Depuis un mois ou deux, depuis son arrivée à la maison, je n’arrive pas à ranger cet album, à m’en départir, à me dire qu’une fois écouté, il irait rejoindre les autres, pour ressortir je ne sais quand. Il a été enregistré par Instant Coffee, un trio dont fait partie MC Schmidt, une des moitiés de Matmos. Mais, contrairement à la musique de ce dernier groupe, celle de ce trio est moins composée, structurée par ordinateur : elle est improvisée, organique, se laisse gonfler pour habiter progressivement l’espace et le moment. Plusieurs instruments y virevoltent pour créer des nappes de son, des paysages structurés en leur milieu par une contrebasse doucement enflée. Il y a de la joie et de la mélancolie mêlées dans cette musique improvisée, à la manière d’une valse ralentie, jouée en bout de nuit, jusqu’au moment du lever du soleil, dans les tranchées.

Les lecteurs de ce blog savent peut-être l’étendue de l’admiration que je porte au travail de Steve Ditko, à son graphisme et ses manières, sa langue et ses histoires, toujours irréductibles, cherchant à pointer ce qu’est l’incorruptibilité, la place des principes dans une société où tout est fait pour faire ployer la masse. La philosophie de Ditko est complexe, je ne l’aborderai pas ici. Mais j’admire son attitude, singulière, cherchant l’ombre et le travail plutôt que la lumière et les fanfaronnades. On le dit toujours au travail dans son studio de NYC, où s’entassent ses planches originales des années 60 et 70, qu’il préfère recycle plutôt que vendre. Récemment, je suis tombé sur quelques comics réalisés cette année : l’un d’eux date même de juillet 2010. Ditko, donc, travaille vraiment toujours, publie comme s’il était un jeune auteur inconnu, en noir et blanc, des histoires habitées, hantées par ses thèmes intimes. Une seule de ses planches vaut tout l’or du monde, tous les auteurs devenus si cyniques et trop bavards. Ditko a créé Spider Man, Dr. Strange, et des centaines de mondes qui peuplent encore mes rêves, chaque nuit. Je l’espère heureux au travail, comblé par ses fantômes.

Il y a quelques semaines, j’ai acheté un 45 tours sur un label que j’aime bien, De Stijl. Le disque, signé Hype Williams, avait ce quelque chose d’incompréhensible qui m’attire souvent dans les disques : quelque chose d’indéfinissable, d’étrange. J’ai écouté le 45 tours, l’aimant sans parvenir à le définir pleinement. Et puis, là, une pleine page dans Wire sur un autre disque du groupe, un album, m’en dit plus long et me donne envie de poursuivre ma quête de ce qui est apparemment un duo londonien versé dans le hip-hop et ayant emprunté son nom à un réalisateur de clips de rap. Plusieurs morceaux sont à écouter sur Youtube et Myspace. N’hésitez pas à me dire ici ce que vous en pensez…

Depuis plusieurs mois, je voue une admiration sans faille à tout ce que j’ai pu entendre de Maurizio Bianchi : morceaux récents ou oeuvres plus lointaines, datant du tournant fertile qui s’est opéré entre la fin des années 70 et le début des années 80. Bianchi opère dans une sphère assez inatteignable. Bien sûr, sa musique pourrait être réduite à plusieurs dénominations faciles : industrielle, drone, post-punk, noise… Pourtant, rien de tout cela, au fond : Bianchi manipule des sons, qu’il laisse s’éterniser comme on regarderait vaciller une flamme, ou mourir les bruits d’un être proche. Sa musique évoque des instants cendrés, comme ceux que l’on trouve au bout de pellicules vieillies, de vinyles rincés. Il y a de l’hypnose et de la folie entravée, une sorte de regard maladif sur un monde qui l’est plus encore, pleinement malade. Pas facile de pénétrer dans son oeuvre, pourtant, une fois à l’intérieur, on n’en sort plus. On en sort d’autant moins lorsque l’on se rend compte qu’en plus d’éditer des morceaux sous son propre nom, il faisait aussi des merveilles sous le pseudonyme de Sacher-Pelz et qu’il continue, aujourd’hui, à sévir avec un bonheur fou. Son nouveau disque sort sur le label belge Young Girls Records, qui édite de merveilleux CDR (et m’a invité à jouer prochainement à Liège – on en reparlera ici…). Bianchi vient donc de leur en livrer un nouveau, avec une pochette signée par Federica Ravanelli (première image en haut) et accompagné par un double poster signé Hendrik Hegray / Jonas Delaborde (les deux images suivantes, en noir et blanc). Voilà pour les détails. Pour le reste, si vous en avez envie, ça se passe directement sur le blog du label. Et si jamais, comme moi, vous vous retrouvez noyés par Bianchi et que vous vous demandez ce qui se passait d’autre en Italie vers le début des années 80, allez voir du côté de Giancarlo Toniutti…

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