J’écoute Hecker pour Comme Des Garçons

L’oeuvre patiemment construite par Hecker, le plus souvent éditée par les labels Mego ou Rephlex, est aux marges des genres, entre l’électronique et l’art contemporain (il fait souvent des installations pour des galeries et expositions autour du son), entre le bruit et la musique contemporaine (Xenakis n’est pas loin, surtout lorsque Hecker fait des disques avec son complice Russell Haswell). Ses disques intéressent souvent plus pour leur concept que pour leur musicalité, pour leur radicalité esthétique que pour l’envie d’y retourner, de s’y plonger. Ce nouveau vinyle marque néanmoins une jolie rupture dans le barrage sonore habituel, puisque Hecker y dévoile un penchant plutôt accessible, mettant en oeuvre deux faces complémentaire, allant chacune dans une direction : la première bâtit des rythmes, proches de l’électronica classique, mais avec beaucoup d’espace, de crevasses entre les battements et les percussions synthétiques. Elle est courte, faite de deux morceaux qui comportent entre eux un sillon fermé : pour la suite du disque, il faut pousser le bras de la platine… L’autre côté du vinyle est à l’opposé : un long morceau de 23 minutes, occupées par un drone presque scintillant, qui vrille l’espace et l’ouïe pour forger un véritable tourbillon abyssal, une descente en chemin de croix devenu flottant et sinusoïdal plutôt que sinueux. Les morceaux, dit le label Mego, auraient été faits pour un défilé de la marque Comme Des Garçons, pour une collection montrée l’an dernier. Une association réjouissante, qui prouve une fois encore la grande valeur symbolique de cette marque venue du Japon mais bien installée à Paris, qui n’hésite pas à ouvrir le champ sonore de ses shows pour les mener vers le futur et l’expérimentation, au-delà des attentes et des exercices classiques du genre, trop souvent ancrés dans une vision nostalgique de la musique, cherchant la tranquillité du revival plutôt que l’urgence de l’avenir. Joli mariage, réussi.

7 commentaires
  1. odot a dit:

    je suis jaloux!

  2. Vincent a dit:

    Hecker comme Tim Hecker ?

  3. joseph a dit:

    Non, comme Florian Hecker, qui sort des disques sur Mego depuis plusieurs années déjà.

  4. Nico a dit:

    Un article qui résume bien le personnage Hecker. C’est pas vraiment de la musique qu’on aime (d’ailleurs je crois pas que ça soit vraiment de la musique) mais ses albums sont souvent fascinants, à la pointe du son. Sun Pandamonium (2003) est démentiel.

  5. hh a dit:

    “je crois pas que ça soit vraiment de la musique”

    on croit rêver

    je retourne me coucher…

  6. Nico a dit:

    ouais on va pas chipoter : c’est pas comme si les disques de Hecker étaient harmonieux et mélodiques. c’est d’ailleurs parce que ses sons sont terriblement barrés et glaçants que ses albums sont aussi bons. les cassettes sorties chez tonicht aleph sont très recommandables.

  7. hh a dit:

    musique = forcément harmonie et mélodie ? désolé mais je ne suis toujours pas. je chipote probablement mais bon, je trouve quand même ça légèrement douteux.

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