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Archives mensuelles : juin 2010

 

 

J’ai posé quelques questions à Frédéric Fleury à propos de son nouveau livre, paru chez les Berlinois Bongout. L’ouvrage est splendide, tout en sérigraphie, limité à une centaine d’exemplaires. On y retrouve les obsessions du dessinateur, sous forme d’un bestiaire assemblé ici comme une longue suite de figures à mi-chemin entre le monstrueux et le mélancolique. Voici ses réponses, que j’agence sans mes questions : ce qu’il raconte peut s’en passer, je crois. 

“Quand on a fait l’exposition Frédéric Magazine à Berlin dans la galerie de Bongoût, Christian Gfeller et Anna Hellsgard m’ont confié leur désir de faire un livre de mon travail en sérigraphie. A partir de là, j’ai travaillé dans cette direction en mettant de côté un certain nombre de dessins qui me semblaient être adaptés à cette technique. Je leur ai ensuite donné une maquette, des indications précises et un peu plus de 80 dessins, au final et en fonction de ce qu’ils pouvaient et avaient envie de faire, ils ont choisi de recomposer avec cet ensemble. On a obtenu un objet assez éloigné de ma proposition de départ mais qui est assez remarquable par ce qu’il donne à voir et à comprendre.

La monstruosité est très présente dans mon travail.
Fabrice Hybert disait à ce propos : “Ce n’est pas l’étude des monstres qui m’intéresse mais plutôt la découverte de nouvelles possibilités de monstres, trouver à l’intérieur des systèmes existants (la peinture par exemple), les moyens de la monstruosité.”
Je crois que c’est ça pour moi, transposé au dessin.
Le monstre comme outil d’expérimentation graphique c’est vraiment sans limite, on peut tout se permettre, on peut surprendre à l’infini et ça permet de réinventer son dessin sans arrêt.
Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve ça chez des dessinateurs qui me sont proches ou chers, comme Hegray, Carreyn, Lock ou Sadler.
A un moment donné, dans un travail de représentation, quand on pousse son dessin je crois que le monstre, ou la monstruosité finissent par s’imposer – ou en tout cas pendant un temps – comme un vrai espace de liberté.
Et puis ça m’a toujours fasciné, Franquin dessinant ses monstres par exemple c’était pour moi l’excitation absolue quand j’étais gamin, c’est là que son trait était le plus libre, j’ai passé des heures à essayer de le copier.
Je viens de terminer un livre pour United Dead Artists (Stéphane Blanquet) où je n’ai dessiné que des gens, des humains je veux dire et un autre pour FLTMSTPC (Stéphane Prigent) qui n’est fait que de monstres à l’aquarelle.
J’ai le sentiment que je fais un aller retour constant entre ces deux univers et que l’un me ramène à l’autre.
Le travail de représentation que je mène avec mes élèves depuis maintenant trois ans repose aussi sur cette idée et véritablement on n’en voit pas le bout.
Concernant le titre du livre, je pourrais te parler de quelque chose de très philosophique, voire scientifique, d’une sorte d’ultime représentation des êtres et des choses qui les entourent mais c’est finalement une idée beaucoup plus simple.
Je crois que ça parle d’une sorte de sentiment d’impuissance que je ressens face à la vie, les choses sont telles qu’elles sont, imposées à nous et on qu’on le veuille ou non, il faut faire avec.
Ce n’est pas du fatalisme ou du pessimisme, mais plutôt une manière de couper court à la discussion, quelque chose d’indéniable.
“Prendre sa vie en main” c’est le truc le plus drôle que j’ai entendu, on peut interagir c’est certain, on peut faire des choix mais on est très vite limité quand il s’agit de ce qu’on nous a donné au départ.
La nature des choses, c’est vraiment pour moi l’idée que chaque dessin présente un personnage dans un cadre qui lui correspond et qu’il y effectue ce pour quoi il est destiné.
Dans l’espace du livre, ces espaces se chevauchent, les personnages se font face ou se tournent le dos, s’adressent ou pas au lecteur, ça raconte quelque chose dont l’interprétation est libre mais la sérigraphie, la différence apportée par les couleurs ou les papiers renvoient à une certaine forme de solitude.
Le livret central est en ce sens plus anecdotique mais il offre un espace de respiration que je ne trouve pas inintéressant étant donné que le livre était chapitré au départ.”

http://www.bongoût.com/

Ce soir, le festival Filmer la Musique montre le très beau documentaire A Joyful Noise, sur Sun Ra. Le film fait partie d’une journée programmée par Stuart Baker, le patron du label Soul Jazz et il sera là pour parler des films qu’il montre. J’y serai aussi pour dire quelques mots de Sun Ra avant la projection du film. C’est à 19h ce soir, au Point Ephémère -

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