Archives mensuelles : mai 2010
Je veux la boîte de Kevin Drumm
A propos de I Remember The First Time I Heard Your Voice
Clovis Goux et Guillaume Sorge animent le label DIRTY et le blog Alainfinkielkrautrock. Ils viennent de sortir une compilation splendide et spectrale, uniquement en vinyle : je leur ai posé quelques questions par mail.
A l’écoute, à la vue de la pochette, on a l’impression d’être dans un disque de nuit, très spectral, hanté : de quelle envie est née cette nouvelle compilation ? Sortie en vinyle, sans titres de morceaux mis en avant, a-t-elle été conçue en réaction aux autres compilations que vous avez précédemment sorties ?
Clovis : Pas en réaction mais à coté certainement. Notre idée était de sortir un disque vite, a peu d’exemplaire, sans tracklist. D’essayer de susciter du désir et de la curiosité. Deux notions qui semblent avoir disparues de la musique telle qu’elle est consommée aujourd’hui. Mais que les amoureux du Mp3 se rassurent, ils recevront une version digitale pour l’achat du vinyle.
Guillaume : Il y a tellement de disques qui sortent entourés de marketing, de buzz, de vidéos virales, de tweets etc. …. Ce disque c est un peu un contre-pied à tout cela. Même si ce non-marketing est une forme de marketing en soi, c’est non prémédité.
On y entend beaucoup de piano : pourquoi ce choix esthétique, très mélancolique, qui évoque en filigrane les compositions de Wim Wenders, voire les BO de Michael Nyman pour Peter Greenaway ?
Clovis : J’ai fait un voyage cet hiver autour du lac majeur en Italie. La plupart des hôtels étaient fermés en cette saison et je me suis retrouvé avec ma copine dans un Palace complètement vide dans une ambiance étrange qui évoquait à la fois Proust et Shining. On se baladait en voiture autour du lac dans la brume en écoutant des b.o. de films, cette compilation est peut être née là, en tout cas elle est pour moi liée à cette atmosphère. Et il y a aussi le souvenir d’un disque que nos parents respectifs avec Guillaume écoutaient pas mal, le Köln Concert de Keith Jarret, un classique de année 70… une ambiance « piano lugubre » qui nous rappellent peut être nos enfances. Wenders et Michael Nyman, je n’y avais pas pensé, mais ce sont deux noms qui m’évoquent ma mère. Je devrais peut être consulter un psy. Quels sont tes tarifs ?
Guillaume : Ce disque reflète simplement la musique qui m’accompagne dans ma vie de tous les jours, lors de longues balades à vélo dans Paris notamment. J’ai une attirance naturelle pour les musiques tristes et mélancoliques, peut être devrais-je consulter un psy aussi ? Pour moi l’écueil a éviter c’est la compilation “cinématique”, le but étant plutôt de produire un disque légèrement obsédant sans tomber dans la sophrologie. Sinon Wenders, ça n’a jamais trop été ma tasse de thé.
La pochette pointe quelque chose de très fantomatique, pris dans un film, entre deux images, qui du coup se superposent : illustre-t-elle une volonté, pour vous, de changer de registre, de passer à un autre domaine ?
Clovis : Même si je ne vais plus au cinéma, je regarde beaucoup de films chez moi et j’ai longtemps fait des captures pour isoler des images qui me plaisaient, sans but précis, mais il semble que j’ai enfin trouvé une utilité à cette manie… Ce fondu enchaîné provient de Mildred Pierce de Michael Curtiz, un film noir construit sur des flashbacks. Une image qui évoque les voyages dans le temps, la réminiscence. Mais je ne pense pas qu’elle symbolise un nouveau départ pour nous, mais plutôt l’envie, en effet, d’aller voir ailleurs sans se cantonner à un genre précis (c’est pour cela qu’il n’y a pas que des musiques de films sur cette compilation), de créer une ambiance générale, un peu obsessionnelle autour du piano, des thèmes qui se répètent et des voix intérieures afin que chacun puisse composer ses propres histoires en l’écoutant.
La pochette évoque une figure hollywoodienne du passé tout en appuyant sur un aspect très mélancolique du temps qui passe, du départ de quelqu’un : y a-t-il, avec ce disque, la volonté de raconter une histoire particulière, plus intime que d’habitude, d’être moins dans la mise en avant d’une histoire particulière de la musique (la disco, le psyché français) et d’être davantage dans une composition personnelle ?
Guillaume : A mon niveau, j’ai un rapport “intime” avec tous les morceaux que nous avons tracklisté pour nos compilations puisque j’ai vécu avec, plusieurs mois au quotidien sans m’en lasser avant de les mettre sur un disque.
Clovis : Oui, on peut voir ce disque comme un disque de deuil, mais c’était aussi vrai pour notre précédente compilation où le thème abordé, le psyché français, était un prétexte à raconter une histoire plus intime, celle de la disparition de proches. Cette nouvelle compilation raconte un peu la même histoire mais de façon plus distancée, plus floue, brouillée par le temps qui passe. Je me demande souvent si les souvenirs ont une vie autonome.
Quel parallèle faites-vous entre le titre de la compilation et celui du classique folk The First time Ever (I Saw Your Face) ?
Clovis : Honnêtement aucune, même si on aime bien ce morceau
Ce disque indique-t-il une voie pour d’autres projets similaires ? Quels seraient-ils ?
Clovis : Oui il y aura on l’espère une suite, intitulée justement, I remember the first time i saw your face.
Guillaume : En attendant nous allons sortir l’album de Discodeine, le groupe que forment nos amis Pilooski et Pentile, cet automne si tout va bien.
Je suis dans Sylvester Anfang et Hellvete
Certains disques (certains livres, certains films) vous absorbent parce qu’ils contiennent tout ce qui vous compose intimement, tout ce que vous cherchez constamment, partout, tout le temps. Ils abritent en un même mouvement frontal l’ensemble de la matière qui vous plait, sans la moindre faute de goût ou de style. Tout y est, rien n’y manque, presque rien, quasiment rien. De Sylvester Anfang II, groupe venu de Belgique, on dit qu’il sonne comme un Amon Düül contemporain, mêlé de sonorités doom et de relents folk (mais ça, c’est plutôt pour la version du groupe qui omet le “II” de son nom, et dont j’ignore si elle existe encore). A l’écoute du dernier album de cette formation, je suis plutôt saisi par la beauté singulière de la chose, qui fait écho, effectivement, à plusieurs traditions mais se révèle surtout emplie d’un psychédélisme immédiatement prenant : on y est dans la répétition et l’élévation, l’hypnose et le déroulement brutal d’un temps noir, sombre, d’un rock qui se joue au plus près des nerfs et des vacillations de l’oreille. Sylvester Anfang II joue dans une cour où se déroule une messe noire, mais cela on le sait à cause des collages de la pochette du disque, jouant sur l’imagerie d’une série B seventies occulte. Sans ce bestiaire affiché, on se contenterait de la musique, tout à fait brûlante, qui mériterait d’être entendue aussi largement que celle de Sunn O)))ou Wolf Eyes. Sylvester Anfang II est aussi essentiel pour l’époque que ces derniers groupes, et sans doute encore plus essentiel par ses liens soniques avec des groupes comme Barn Owl et Sun Araw ou la scène autour des labels californiens Not Not Fun ou Root Strata. On sent bien, chez ces Belges hantés, que le drone psychédélique, mâtiné d’échos folk, est une musique nourrie par la même folie que l’hypnose post-tropicaliste et hypnagogique des fous furieux de L.A. et San Francisco. Et tout comme ces derniers, Sylvester Anfang II se dévoile comme un centre à partir duquel se développent des projets comme celui d’Hellvete, membre du collectif dont l’album solo en vinyle sonne comme un miracle de drone folk planant, comme le rêve moite d’un amateur de psyché acide et industriel, ayant traversé le temps pour atterrir en 2010 : il aurait tout aussi bien pu naitre en 1974 – On s’y perd avec plus d’intimité encore que dans les disques du collectif dont il est issu. Deux disques grandioses, qui méritent qu’on y passe du temps, dans le noir complet.
La jolie vie lunaire de US Girls
Une exposition à voir à la Galerie Mycroft à Paris
Je voyage dans le temps avec Art In Time
Qui se souvient de Twin Peaks ?
Je cherche ces livres de Daido Moriyama
Je suis dans un couloir (avec Sammy Stein)
Les dessins de Sammy Stein me touchent particulièrement, grâce à leur minimalisme presque enfantin et leur sens, aussi, d’une grande animalité. Après avoir longtemps regardé ses petites créatures sur internet, j’avais préfacé son premier livre, sorti par En Marge. Ces jours-ci, il sort un nouveau livre, qui est une vraie bande dessinée, mais sans aucun des atours classiques d’une BD. Je lui ai posé quelques questions, voici ses réponses.
Comment est né le projet de ce livre ?
Depuis le 30 avril, j’expose à la galerie 5 à Angers (un immense espace au sein de la Bibliothèque universitaire d’Angers, un couloir de plus de 70 mètres de long), la galerie m’a proposé un budget pour éditer un livre. Comme cela faisait longtemps que je voulais faire une bande dessinée, ça a été l’occasion de travailler là-dessus. L’exposition au nom très pompeux « les Couloirs du Temps » a servi de base à ce livre. Les thèmes du voyage dans le temps, de la transformation des êtres, y étaient déjà présents. Mais le livre n’a rien à voir avec ce qui est montré à l’exposition, il va dans la même direction, c’est tout. L’histoire est celle d’un homme qui perd la mémoire et parcourt les couloirs du temps à sa recherche.
Comment expliques-tu la différence entre la couve et l’intérieur, qui montrent deux esthétiques différentes ?
L’intérieur noir et blanc au trait fin contraste évidemment avec la couverture, tout en motif et dégradé. Il me semblait logique d’enrober cette histoire de temps dans une couverture qui présente des images d’éclairs, de galaxies, de trous noirs, de cellules. C’est l’image que je me fais du voyage dans le temps, un gros mélange de toutes les époques. Il y a aussi un renvoi aux livres scientifiques regardés enfant, définissant la création et l’évolution de la vie sur terre par des schemas compliqués.
Comment l’as-tu travaillé ?
J’ai commencé la bande dessinée en improvisant, avec une histoire pas complètement définie en tête, puis les éléments et les scènes sont naturellement apparues au fur et à mesure. Beaucoup de choses ont changées en cours de route. Mais je suis resté sur la même ligne directrice en m’accordant des digressions, alternant scènes parlées ou racontées et séquences muettes…
Pourquoi y avoir adjoint un fanzine et un CD ?
Il y a un an, j’avais fait la pochette d’un disque du label Angevin Ego Twister, le label m’avait par la suite invité à faire une première exposition à Angers. J’avais envie de retravailler avec eux. Comme l’exposition tournait autour d’un mélange de différentes époque, j’ai donné à des musiciens (pour une moitié des artistes du label, et pour l’autre de mon réseau) quelques dessins, des phrases mystérieuses et une époque plus ou moins précise (le big bang ,le moyen-âge, le futur…) afin qu’ils produisent une chanson. Je ne voulais pas faire une énième compilation de musique électronique mais essayer de donner un sens, et un ordre logique au disque. J’ai demandé au Chevalier Derinchy de créer des jingles pour chaque époque pour structurer le tout. Cela donne un disque plutôt énergique qui va du big bang à la fin du monde, avec des genres différents. Mais le cd et la bande dessinée sont bien dissociés, ils n’ont comme rapport que le fond (le temps, toujours), il ne faut surtout pas lire la bande dessinée en écoutant le disque ! J’ai du mal à trouver que ce genre d’objet fonctionne en général (un livre à lire en écoutant un disque). Mais il nous a paru néanmoins intéressant d’associer les deux (+ le fanzine et un poster avec les paroles des chansons) puisqu’ils allaient dans le même sens, dans la même « thématique ». le disque sert aussi de B.O. à l’exposition puisque il est proposé à l’écoute avec des casques sans fil au début à l’entrée de la galerie.
Le fanzine fait écho à la fois à l’exposition et à la bande dessinée, il en reprend des éléments, mais reste plus énigmatique. Malheureusement, l’impression à été complètement ratée. En même temps l’opposition cheap du fanzine à la qualité d’impression du livre ou du poster a quelque chose d’assez drôle.
Quels sont tes autres projets de livre ou autre en ce moment ?
La revue COLLECTION sur laquelle nous travaillons depuis plus d’un an (avec Jean-Philippe Bretin, Vanessa Dziuba, Julien Kedryna, Marine Le Saout, Jean-Pierre Soares et Antoine Stevenot ) sort enfin ces jours-ci. C’est une revue qui tourne autour du dessin contemporain, de la bande dessinée, du graphzine… Le gros de la revue se compose d’entretiens avec des dessinateurs ou des éditeurs, avec l’idée de laisser beaucoup de place à la discussion, sans se placer en critiques. On voulait en savoir un peu plus sur les auteurs et ne pas faire une nouvelle compilation d’images muettes (que nous apprécions aussi pleinement. ) On y trouve des artistes confirmés, comme des jeunes auteurs ou dessinateurs. Au sommaire : Mathias Schweizer, Ludovic Boulard Le Fur, Christian Aubrun, Stéphane Prigent, Petra Mryzk et Jean-François Moriceau, Fanny Michaëlis, Charles Burns, Corentin Grossmann, Pimp My Life, Gerard Herman, Ricardo Lanzarini, Ruppert & Mulot…











