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Archives mensuelles : mars 2010

Ces derniers mois ont été durs pour nous autres, pour eux, nos chanteurs les plus fragiles, ceux qui parlaient directement à notre vieille âme fatiguée. Chilton, à son tour est parti,je l’apprends par un mail ce matin,  et j’ai un mal fou à retenir mes larmes en écrivant ces lignes, en écoutant la chanson mise au-dessus. Est-ce bien sa voix ? toutes ses chansons qui sont les plus belles du monde et que personne ne connait sans doute plus. Je me souviens d’un mois de décembre à NYC où j’écoutais chaque jour le troisième album de Big Star, ces chansons d’éternité, dont je savais qu’elles ne me quitteraient jamais. Je n’ai pas besoin de les posséder, d’avoir les disques, elles sont en moi. Alex Chilton est parti, je vous jure que je suis triste, que mes larmes sont déchirées. Certaines morts font réaliser la futilité des autres vies qui restent. Il avait 59 ans. “You’re a wasted face… You’re a holocaust” -

Cher lecteur,

Merci d’avoir acheté cet exemplaires des Inrocks. Nous avons détourné ce numéro. Nous, ce sont les membres d’un groupe de rock autrefois has been qui s’appelle Radiohead. Et nous avons infiltré se magazine pour poursuivre, de façon égoïste des intérêts personnels.

Ce numéro est hasardeux et difficile à suivre – tout ce qu’un bon magazine devrait être. Peut-être que pendant des années, vous allez lentement le délabrer dans vos toilettes, lui faire perdre peu à peu ses couleurs, laisser les photos cochonnes se corner au fil des ans, les dessins s’effacer lentement… Ou peut-être finira-t-il immédiatement dans une décharge publique.

Ce numéro accueillera sans doute un Minotaure sur sa couverture, l’air totalement frénétique et affolé. Peut-être est-il le prisonnier d’un labyrinthe installé par sa propre imagination. De terrifiantes apparitions surgissent à chaque coin. Le Minotaure est effrayé par chaque nouvelle porte qu’il découvre. Il n’est jamais vraiment certain de pouvoir faire marche arrière s’il franchit ce seuil. Couloir après couloir, escalier après escalier, chaque décision qu’il prend est irréversible ; Il ne va jamais de l’avant, mais tourne perpétuellement en rond dans un présent éternel, avec cette impression terrifiante et tenace qu’il a raté quelque chose de la plus haute importance. une chose vraiment atroce et à peine humaine qu’il a entr’aperçue dans un reflet, dans une réverbération : des gribouillages nerveux qui aurait pu se représenter une carte de son labyrinthe, si seulement il avait pu ramasser les bouts et assembler le puzzle.

Sur une autre couverture envisagée, présentée ci-dessous, on aurait montré l’étrangleur, au centre de l’écran, les tourbillons révélant sa propre et complète désillusion, sa vacuité, son manque de volonté et son absence de sentiments. Son amour s’est fané , comme le papier sur lequel il a écrit. Peut-être que comme lui, vous penserez à la fin du monde. Il a l’air tellement impatient qu’elle arrive, tellement prête à laisser les ombres prendre les décisions pour lui.

Quand les ours polaires auront définitivement disparu, alors peut-être vous souviendrez-vous de lui, caché dans un coin de votre chambre, coincé dans un magazine.

Peut-être alors commencerez-vous à paniquer.

Thom Yorke”

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