Je suis au coeur de Ramleh

Certains disques sont des trous noirs qui vous plongent des années en arrière, vous ramènent vers une période dont vousne soupçonniez pas qu’elle puisse contenir en elle autant de puissance ou de violence ou de sentiments fracturés. Hole In The Heart, dû au groupe indus/power electronics/free rock Ramleh (cousins de Skullflower), met à genoux, en deux CD jumeaux, tous nos souvenirs des années 80. Ici, pas de frivolités, pas de rock synthétique, pas de noisy pop, pas de romantisme éthéré : il n’y a qu’un immense vortex, évoqué si fragilement dans les notes de pochette par Anthony Di Franco – membre de Skullflower puis de Ramleh. Guitares saturées, basses monolithiques et abstraites, voix en résonance spectrale comme des plaintes de damnés au ralenti, Hole in The Heart ressuscite des enregistrements sortis en catimini, en cassettes sur le légendaire label de Ramleh, Broken Flag et n’évoque rien d’autre que la violence du monde d’alors, des années 1982-1986, et mis en musique en une année, 1987. Pas un hasard si ces morceaux terrifiants, évoquant parfois les coups de colère d’un Loop mal emmanché, datent de cette année là : ils sont comme le reflet d’un monde empli de bombardements et de ruines, d’explosions et de voitures piégées, reflétés en Occident par des images de télé, à la distance ébouriffante. La musique de Ramleh se déroule comme si elle avait été jouée par quelqu’un qui regarde des images lointaines de décombres et de terreur, et tente par sa musique et son chant de caverne d’en atteindre le point central, d’en dépasser les images pour être au coeur de l’événement, au coeur du bruit.

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