Les années 2000 d’El-G
Il y a quelques années, je recevais par la poste une pile de CDR accompagnés par une lettre signé d’un garçon prénommé Laurent et dont le nom de scène est El-G. Ces disques m’avaient impressionné et après avoir croisé El-G deux ou trois fois dans des concerts auxquels nous assistions tous les deux, j’ai continué à m’intéresser à sa musique. Récemment, j’ai acheté deux vinyles sortis sous son nom : Tout ploie, un album de chansons oscillant entre ballades chantées en français et expérimentations mélancoliques en chambre, sorti sur le label KRAAK avec une pochette signée par Jonas Delaborde, et Capitaine Présent 5, un disque monoface constitué de collages de dialogues, de bruits, de drones, qui s’écoute comme l’on entre dans un film, accompagné par des fantômes, des spectres plein les sens. J’ai demandé à El-G sa liste des disques des années 2000 qu’il retient. Il m’a répondu en envoyant cette liste accompagnée par un texte. Je reproduis les deux ici :
Robert Ashley – Celestial excursions
Jim O Rourke – Insignificance
Matt Valentine – Creek to Creation
Costes – Enfant Criminel
Baptist Generals – No silver no gold
Kemialliset Ystävät – Kemialliset Ystävät
Loren connors – In Pittsburgh (réédition, je sais )
Jakob Oklausson – Moonlight Farm
Smegma and Wolf eyes – The Beast
Val Martino and Leslie Kiffer – Prissywillow
Alvarius B – blood operatives of the barium sunset
Major stars – IV
Hijokaidan – Split series vol 1
Solid eye – Blue Ninja Tar In Habitat…
Patrick Lombes – Nuit du 31 décembre
Coil – Music to play in the dark
Steve Roden – Speak no more about the leaves
Smog – a river ain’t too much tolove
Bonnie prince willy – ease down the road
Pharell williams – in my mind
Arab on radar – soak the saddle
Ich bin – Obéis!
AH Kraken – Gianna Michaels
Partkdolg – SeneGambia Recordings
Lazy Magnet – 2nd Box set (2004-2009)
"Ce qu’on inclut dans une rétrospective de disques sur une décennie, ce sont les disques de chevet, ceux qu’on se réserve pour les moments 5 étoiles, pour les messes solitaires ou à plusieurs. Ceux qui ont forgé des amitiés dans le temps et qui restent des sources de discussions, de dispute et d’alcoolémies inépuisables. Ces moments cosmiques où enfumé, livide , extatique vous vous entendez hurler « Mais ouais on a le droit de faire ça? Allo mec hier j’ai entendu un truc de malade! » à l’ecoute d’un disque qui d’une seconde à l’autre repousse vos frontières sensorielles et votre appréhension de la musique des centaines d’années-lumière en avant.
Ces découvertes essentielles vous les faites souvent en groupe et je suis heureux de savoir que depuis ma peureuse et ingrate adolescence , les personnes avec qui j’ai pu partagé ces moments d’euphories ont réussi à se forger une voie véritablement originale et le plus important étant que je ne les ai jamais perdu de vue, ce truc qui a commencé un beau jour des années 90 a perduré et s’est métamorphosé dans le temps car chacun des membres de ce gang officieux a alimenté la machine pour que le truc ne meurt pas.
Qu’il est bon d’être un nerd parfois. Parce qu’on peut arriver à emballer une fille/un garçon en le/la baratinant sur la genèse d’un disque d’Henry Flynt ou de Michael Yonkers. Et ça c’est fort. Je connais un type qui a réussi à coucher avec Scarlett Johanson en lui parlant juste, toute une nuit durant, de Harsch-noise wall ( Faut dire aussi qu’elle avait le coffret cassette de Vomir).
Les années 2000, si c’est une décennie, pour les gens de mon âge, alors ( bien qu’on se réinvente tous les jours ) c’est celle dans laquelle on a grandit et à travers laquelle on s’est construit, comme un amalgame de confettis débiles, de fonds de poubelle, de miettes de personnalités et d’histoires diverses, de « ouï dire », de collage de tout et de rien. Avoir un accès internnautique à l’histoire de la musique aussi fainéant et aussi rapide c’est excitant mais c’est aussi une source de névrose sans fin. Comment appréhender les mouvements, les esthétiques quand tout vous arrive dans la tête en un seul gros bloc pré mâché? ( Erik Satie —> Whitehouse —> Avril Lavigne ) C’est une source de facilité mais c’est aussi une source de questionnement et donc de travail sur soi: « Et moi je fais quoi la dedans ?». Ce qui libère de grosses vagues de doutes implacables , de sentiment d’isolement et parfois cette sensation de faire partie d’un tout étrange et captivant mais qu’on ne peut pas nommer.
Les années 2000 resteront peut être un pâté monstrueux de toutes le facettes de l’être humain, un résumé impitoyable de bêtise et de fulgurances en tout genre, de relectures du passé ultra faussées, un condensé des visage les plus bêtes, vaniteux et limités aux éclairs de beauté, de cross-over en tous genres,de génies marquants, aux poches d’air encore vivables et autres micros combats et micro inventions distillées en sous-communautés, tribus et autres sous-gangs de plus en plus fractaux.
Je pense que l’adage de mon ami LBB (je ne sais pas si c’est de lui mais il le cite souvent) « Enregistrons tout, le temps triera » n’a jamais été aussi juste que pour cette décennie passée. Un job à plein temps qui payera bien dans le futur: restaurateur et archiviste de musique sortie sur cd-r.
Curieux de voir ce que 2010 nous réserve. Tant que sur Youtube je pourrais voir des emo-punks de 14 ans pisser dans des poubelles avec des chats dedans, je me sentirais OK. Ils ne connaissent pas Marcel Duchamp, pour eux le passé c’est le matin même alors ça peut amener des choses curieuses.
La fameuse ritournelle qui veut que "tout a déjà été fait » m’a toujours semblé crétine. Comme si cette décennie de part ses têtes de files attardées voulaient inconsciemment que le temps s’arrête et que notre monde touche à sa fin. Les années 2000 c’est « Ouais ok bon rien à battre, c’est la fin du monde, passe moi la Kéta »
Comme si on était de pâles copies de mondes passés qui eux, savaient inventer leur propre temps, leur propre histoire . On est surement devenu une sorte de chiasse hybride au regard d’autres époques mais bon, cette chiasse hybride est quelque part fascinante. Des peuplades extraterrestres venues de mondes lointains abattraient un boulot d’analyse hallucinant pour comprendre ce gros tas difforme: « Hey regardez! sur internet ils y avait des sites de fétichistes de mangeuses de crotte de nez en ivoire! » Et puis les filles n’ont jamais été aussi sexy et bien habillées qu’aujourd’hui. Le Revival Boots, ça tabasse.
Mais si on voit les choses en 3d, tout le monde sait qu’on peut toujours faire pipi plus loin ou alors mieux, faire pipi à côté, ce que certaines personnes font très bien, c’est déjà pas mal."

Laurent, ton texte m’a fait dire non à la Kéta -
Par contre, je dois te dire, on t’a raconté des conneries, Scarlett Johansson c’est carrément un projet parallèle de Romain Perrot -
Laurent, vous avez oublié de me citer.
Et qu’en est il d’Asterix et de Air?
Joann, t’es con, ça sert à rien de "dézinguer" comme ça. On est tous des usagers du brouillard. Et puis Uderzo a fait des superbes parodies d’Asterix à Cluny-Sorbonne. Tu sais Joann, faut pas te faire mal au crâne comme ça. Tout le monde négocie des impératifs culturels à sa manière. Pense à Renaud, je ne sais pas, par exemple. Ou à des choses plus sérieuses si tu veux. Au moins ici, non seulement tu peux retrouver un sens romain de la vie publique, un sens théâtral, t’as un pseudo, comme moi. Mais en plus tu bénéficies du contexte de ce très bon blog, pas du tout décadent, comme le disait Pignolo. Ego, en bon romain de la période républicaine (Cicéron, pas Néron), je dis à notre hote : SALVE ! Houra aux voix discordantes. Believe the hip hip hip !
oui c’est vrai
Salut El-G.
Je ne connais pas ta musique ni même ton existence avant d’être sur ce blog essentiel (peut être l’unique ?!?).
Mais quel texte fort, trash et pertinent à la plume virtuose.
Il me donne envie de découvrir tes créations, ta musique..
Je l’ai pris en pleine gueule, flashback accéléré et destroy de cette décennie !!!!
Les années 2000 ont été celles qui m’ont vu grandir, m’épanouir, apprendre, découvrir : les débuts du mouvement techno avec ses free party, tecknivals et autres rave party (Dragon Ball, 23ème bordels, teckos sud de la France, London…) et la Drum’N'Bass bien sur.
Quand tu parles de kéta, ça me rappel cette fameuse expression :
"la kétamine, ça donne bonne mine" ! (sans parler des ravages futurs qu’elle donne aussi).
Les années 2000 = engagement, militantisme, Education Populaire,……….
Les années 2000 m’ont aussi ouvert à plein de styles musicaux : autres formes de rock, LE FOLK, Jazz, etc….
Aussi pendant les 00′, galères, mal être, dépression, sevrage, subu, errance mentale, etc..
MAIS AUSSI amour, espoir, trouver ma voie (animation socioculturel), joie, rires,………………..LA VIE QUOI !
Comme disait JLG : "sauve qui peut, la vie".
A ++++
On peut avoir le lien pour les sites fétichistes de Kraut de nez ?
Reasons can be entertained for doing different kinds of work which are not simply avant-garde positions or stylistic attitudes.