Je termine l’année quelque part dans Zurich
Pas facile de faire de la musique avec un nom pareil, qui renvoie aux antipodes du sexy et du désirable. Pourtant, il va à ravir à l’austérité des morceaux qui composent cet album tout juste sorti, mais composé et enregistré en 1994, juste avant que Neil Halstead, son instigateur premier, se mette en studio pour polir l’incroyable Pygmalion, troisième album de son premier groupe Slowdive. Pygmalion, des années plus tard, demeure un disque central, à l’épine dorsale tellement abstraite et flottante qu’on l’a longtemps cru sorti d’un corps sans organes, d’un corps en plein passage vers les spectres. On savait bien qu’en faisant ce dernier album de Slowdive, Halstead s’était mis à écouter autre chose que du shoegazing et du rock indé, qu’il s’était plongé dans la techno et la jungle. Zurich est un peu le chainon manquant, le galop d’essai vers Pygmalion, un document sonore de l’évolution d’Halstead vers l’abstraction et la musique atmosphérique : on y entend cinq morceaux, enregistrés avec Tony F Wilson (qui fera ensuite partie du groupe indus-goth Knives Ov Resistance) qui tendent vers un minimalisme décharné, osant des bribes de mélodie, des petites boucles d’accords tristes posées sur des bourdons mélancoliques. Est-ce bien là l’Angleterre des années 90 ? Impossible de s’en souvenir exactement, mais il est évident qu’il y a bien ici quelque chose de proche des plus beaux albums d’Aphex Twin, notamment le Selected Ambient Works 2, mais sans jamais sombrer non plus dans l’ambient à la Future Sound Of London ou The Orb, plus complexe et stratosphérique. Zurich se tient dans la simplicité, le dépouillement, s’essayant parfois à une rythmique vaguement industrielle. On y entend aussi la voix de Sarah Peacock, chanteuse de Seefel. Sa présence fait bien le lien entre Halstead et Seefeel, groupe voisin, presque jumeau de Slowdive. Dans Zurich, en tout cas, on est pris par une petite musique de nuit, un moment de pesanteur que l’on pensait perdu, puisqu’à part un morceau édité à l’époque sur une compilation de Leaf Records, les bandes sont inédites. Retrouvées récemment, elles viennent d’être éditées par Important Records, sous la forme d’un vinyle à 500 exemplaires, tout blanc, tout hypnotique.

Super cadeau de noël. Merci. Je suis tellement attaché à Pygmalion.
Incroyable! ça existe donc enfin…
Salut Joseph.
Je ne connaissais absolument pas ce disque. Par contre, moi aussi je suis fasciné par Slowdive. “Pygmalion” reste un grand disque de Shoegazing, avec mon préféré “Souvlaki”. Dernièrement, je me suis refait “Excuse for travellers” des Mojoave 3.
Encore une découverte que je fais sur ton blog, merci !
A +