Archives mensuelles : novembre 2009
Je voudrais revoir Boards of Canada
Je suis dans le Creux (de Frédéric Fleury)


Frédéric Fleury vient de sortir un nouveau petit livre de dessins, où l’on voit un bestiaire de monstres SF, entre afro-futurisme, chutes de Star Wars, storyboards pour SanKuKai… Il a bien voulu répondre à quelques questions à propos de ce livre, par mail.
Comment est née l’idée de Creux ? Il y a beaucoup de SF dans ce petit livre : quelles en ont été les sources ?
Creux est une introduction, ça fait un bon moment que je tourne autour de cette idée de science fiction et c’est vraiment quelque chose que j’ai envie de développer de manière plus conséquente.
J’ai commencé à aborder l’idée avec mon zine chez Nieves et je me sens vraiment à l’aise dans ces univers.
Obnivorious c’était une sorte d’élipse, quelque chose qui parlait de mondes sous-terrains, Creux remonte à la limite de la surface dans un monde chamboulé.
On a enlevé un peu de matière et du coup l’allure générale du terrain en est modifiée.
Concernant mes sources elles sont finalement bien plus cinématographiques que graphiques, je regarde beaucoup de Science Fiction et ce, depuis toujours.
Je me suis pas mal intéressé à l’histoire de Roswell et du projet Mogul récemment mais finalement je me rends compte que je me repose assez peu sur des sources pour travailler.
J’ai une idée et ce qui va l’alimenter est finalement complètement divers et épars, il n’y a pas de liens évidents. Les choses arrivent de partout et sont modifiées pour servir mes idées. En ce moment par exemple je travaille beaucoup en regardant l’intégrale des Moomins avec ma fille.
Comment situer ce livre / zine par rapport à tes précédents ? chaque livre est-il l’exploration d’un thème, d’une technique ?
Creux est l’enfant d’Obnivorious et il sera le père de “projet Mogul” ou de “La nature des choses”.
J’essaye de faire avancer mon travail de dessin, je me laisse guider par ce que je découvre graphiquement en essayant de me renouveler au maximum. Je travaille souvent sur plusieurs séries en même temps, variant d’une technique à l’autre, ensuite je retravaille la cohérence des ensembles. Chaque livre consigne généralement une série, c’est plus un aboutissement qu’une exploration parce qu’il y a vraiment cette idée de pousser jusqu’au bout, d’arriver à une sorte d’épuisement.
Concrètement je me rends bien compte que j’ai encore beaucoup de choses à dire avec le noir et blanc mais tout au moins j’arrive au bout d’un souffle et il me faut reprendre un peu ma respiration avant de continuer.
Plus généralement, comment définis-tu l’esthétique qui préside aux livres publiés par les Editions du 57 que tu tiens avec Emmanuelle Pidoux ?
Je crois qu’on travaille vraiment à l’envie avec des gens qu’on aime et dont on aime le travail.
C’est un truc important pour nous cette notion de plaisir et je crois que les artistes et les lecteurs le ressentent. On fait tout à la main consciencieusement, on accorde une grande importance aux papiers, à l’impression et on se retrouve avec des objets un peu fragiles et rares. Je suis très content de la petite collection qu’on a entamée il y a un peu plus d’un an, je sais qu’elle ne plaît pas à tout le monde mais je suis heureux de pouvoir proposer cet espace et je crois qu’on arrive à créer encore des choses surprenantes avec un modèle de base quasi unique.
C’est agréable d’entendre des artistes nous dire que le livre qu’ils ont fait chez nous reste leur préféré.
L’édition c’est vraiment quelque chose qui fait partie de notre travail artistique à tous les deux et personnellement je le vois comme une respiration dans mon travail de dessin.
Je termine mon festival de Can (Halleluwah)
Je ne dis jamais non (à Can)
J’ai besoin de café ou de thé (et de Can)
J’ai besoin de Vitamin C (et de Can)
Je t’aimais tant (Jacno est mort)

Avant de le savoir disparu, j’ignorais que Jacno avait un vrai nom. Heureusement, toutes les nécrologies qui surgissent pour le célébrer soudainement me l’apprennent. Mais aucune ne me dit pourquoi j’aime tant sa musique, pourquoi elle m’évoque des amitiés et des amours qui ne sont qu’à moi. Je revois Philippe me donnant un album d’Elli & Jacno, Sarah m’en offrant un autre pour mon plus récent anniversaire, JD me disant il y a plusieurs années déjà qu’il possède Rectangle en maxi 45 tours (je ne l’ai qu’en 45 tours simple), Emmanuel évoquant régulièrement la beauté des Nuits de la Pleine Lune et sa BO trouvée en vinyle dans un vieux magasin de Lille, Frédéric et Sylvie aussi parlant de lui.
Les disques de Jacno, avec Elli, sortaient sur Celluloid et ils étaient donc voisins de ceux de Suicide, Cabaret Voltaire, James Chance, Mathématiques Modernes : ils portaient en eux ce virus rétro-futuriste qui habitait aussi les livres de Chaland et Serge Clerc, emplis d’un dandysme qui nous faisait fantasmer, nous faisait croire qu’il suffisait d’être comme lui, le cheveu raide, la chemise droite, le regard nocturne, une Rickenbaker et un Korg MS20, pour qu’Elli tombe amoureuse de nous, pour qu’on nous laisse entrer au Palace ou ailleurs et vivre dans le 9ème arrondissement qui n’était pas encore bobo, pour que Loulou Picasso nous dessine un portrait, comme si l’on résidait éternellement en 1981.