On réédite Le Privé d’Hollywood (et ça me touche)
1982 ou 1983. Je vis à Beyrouth, ouest, j’ai dix ans, onze ans, douze ans, je dévore toutes les BD qui me tombent sous la main, trouvées sur place ou arrivées de Paris. Chaque semaine, je reçois avec plusieurs semaines de retard sur leur publication en France, le journal de Spirou et celui de Tintin. Deux histoires me font chavirer. La première est d’Yves Chaland : une relecture du personnage de Spirou, publiée en un strip hebdomadaire, qui me fait encore frissonner, 25 ans plus tard et a ouvert mon amour pour tout ce qu’a fait Chaland, puis Serge Clerc. Une autre histoire me marque aussi, alors, profondément : le Privé d’Hollywood, qui résonne d’une force violente avec les films que me montre alors mon père : Le Faucon Maltais, Le Mystérieux Docteur Korvo, The Brasher Doublon… L’histoire me saisit, elle parle de cinéma, on y voit des acteurs que j’identifierai plus tard (Boris Karloff, Bela Lugosi, Veronica Lake…). J’y penserai régulièrement dans les années à venir et je lirai, plus tard à Paris, le deuxième épisode des aventures du détective, titré Amerika. Je ne lirai jamais le troisième, je détesterai profondément tout ce que fera ensuite le dessinateur de la série, Berthet, j’adulerai les livres du scénariste François Rivière, dessinés pas Floc’h, je serai souvent intrigué par ceux de José-Louis Bocquet, l’autre scénariste du livre. Aujourd’hui, il y a une réédition du Privé d’Hollywood en un petit volume (genre roman graphique), en noir et blanc. Je suis heureux de retrouver ce vieil ami, de voir que Berthet avait une belle élégance claire, surtout dans le premier chapitre, que je suis toujours ému par ce détective et ses amours, tout en regrettant l’absence de ces couleurs qui avaient si durablement impressionné ma tête de gamin, ces couleurs qui dessinaient une impression d’Hollywood, un fantasme de Californie et de cinéma.
Je suis aussi tombé jeune dessus, on me l’avait acheté à peu près au même âge, au moment de sa sortie donc j’imagine vu qu’on a le même âge et c’est le seul qui m’a marqué, l’atmosphère hollywoodienne est parfaitement rendu avec un hommage au cinéma de série Z. Une vraie porte d’entrée à bien des choses que j’ai découvert par la suite, magie de l’érudition de ces scénaristes de génie.
Tu connais ça ? Le extract 1 est fabuleux
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Ouaip, me too!
Je garde un souvenir ému de cette bd. Elle avait fait la couve de lancement d’un Spirou nouvelle formule de haute tenue. J’étais totalement dans le mythe de l’Amérique et de la Californie, les couleurs ocres et bleues, la pagination, les plans très cinématographiques de cette bd en étaient une ode. A peu près à la même époque le Los Angeles de Bilal dévoilait un versant franchement plus hard et punky, mais tout aussi flashant.
Marrant aussi avec le recul, le Hollywood des années 50 de la série de Berthet correspond pile à la période ultra-fétichisée d’Ellroy.
T.
PS : je lance un appel. Grâce éternelle sera rendu à celui qui pourra retrouver et numériser le dossier spécial Skate d’Okapi (oui!) illustré par les Bazooka Productions! (un truc bien électrique qui avait de quoi mettre sous 220V les gamins qui s’y plugaient)