Playlist à 3 : Project:Komakino, Leyland Kirby, Elm



Trois excellents disques légèrement cold, chacun dans son genre, ou presque. Le premier est dû à un groupe anglais dont il s’agit là du premier album, sorti par Desire, nouveau label fondé par Jérôme Mestre (ancien Rough Trade Paris, qui avait fondé le label Artefact et actuel rédacteur en chef du site Fairtilizer). Project:Komakino évoque en creux le son des groupes de Factory, de la première période, entre Joy Division et Section 25, avec une rythmique froide et acérée, un chant caverneux qui semble surgir d’entrailles désarticulées, démontées et recomposées. Les morceaux jouent sur une rigidité formelle comme pour mieux se dévoiler engagés, habités par une conviction, au moins musicale, qui dépasse le pastiche ou l’hommage. Le groupe cite Malevetich sur sa pochette et l’on n’avait plus croisé ce genre de référence depuis une vingtaine d’années : comme retrouver un ami disparu avec lequel on a toujours beaucoup à échanger. L’album est complété par quatre remixes qui jouent sur la corde sensible, prolongent les atmosphères délétères (notamment le mix d’Age of Satisfaction par Motorama) ou mènent la musique ailleurs comme le fait E-Gold. Tout aussi chargé de réminiscences, le triple CD de Leyland Kirby (connu aussi sous le nom de The Caretaker), Sadly The Future Is No Longer With Us, est un étrange ouvrage difficile à assimiler d’une traite. Longues plages faussement monochromes, mêlant échos de piano, réminiscences vocales, drones planants. Plusieurs références surgissent, comme pour tenter de comprendre le cheminement de cette musique, mais c’est sans doute la pochette qui fournit les meilleures clés : elle représente une caisse en bois, typique de celles qui servent à transporter des tableaux. A l’intérieur de la pochette, trois CD sont rangés chacun dans une pochette représentant une toile, recto-verso. Les signes ne trompent pas, la musique de Leyland Kirby se veut contemplative à la manière d’un tableau devant lequel il faut passer du temps, se plonger entièrement. La musique d’Elm, alias la moitié du groupe Barn Owl, est moins cérébrale, mais tout aussi bourdonnante et planante. Là où Kirby semble construire sa musique à partir d’un ordinateur, Elm fait l’inverse et joue de plusieurs instruments filtrés dont une guitare évoquant, lorsqu’elle s’électrifie, celle de Stephen O’Malley. Les dessins de la pochette, là encore, donnent des indices : signés Katie Boyles, ils sont raffinés et mystérieusement organiques. Elm, dit-on, fait de la musique du désert. Disons plutôt qu’il fait une musique pour cerveaux et coeurs désertés, au bout d’un chemin froid.
oh l’album de leyland kirby est l’un des plus beaux de l’année, sans hésiter. tu n’étais pas au centre pompidou, si je ne m’abuse? james était malade à crever, du coup il a laissé la “scène” (un piano muet) déserte jusqu’à la fin, ou presque.
Tout aussi malade que lui le soir de son concert – malheureusement -
merci pour la chronique Joseph.