Je me recueille dans Folle Eglise

Se déroulant sur un peu plus d’une demie-heure, signé Folle Eglise (quel nom !), le premier CDR sorti par l’éditeur Kaugummi a mené mes oreilles vers un territoire brut mais beau, où se croisent des harmoniques de voix, des guitares ferventes, des soundscapes fébriles. J’en suis tombé doucement amoureux. Et en ai profité pour poser 3 questions au patron du label.
1. Pourquoi sortir des disques ? Qu’apporte le format du CDr par rapport à la fabrication de livres ?
L’envie de sortir des disques s’est manifestée un peu comme celle de faire des livres : découvrir des artistes ou des projets qui n’avaient pas encore trouvé une plateforme pour montrer / diffuser leurs travaux. Je ne me suis jamais fixé de limite pour Kaugummi, si un jour je découvrais un excellent vidéaste, je crois vraiment que je pourrais lui proposer d’éditer un DVD. En outre, l’édition de livre et de disque relève des mêmes mécanismes et envies, publier ces deux types de médias me semble assez logique, peut-être même complémentaire, et en tout cas très cohérent.
Le choix du CDr a été une envie du groupe. Pour ma part, je leur avais proposé de sortir une cassette, mais je crois qu’elles ne trouvaient pas ça vraiment très pertinent. Je voulais surtout revenir à des choses vraiment DIY : graver les disques ou copier les cassettes soi-même, aller photocopier les pochettes dans un magasin de quartier, découper des ficelles, nouer des plumes, etc. Même si la plupart des livres que je publie sont imprimés en numérique, le processus d’impression et de fabrication reste assez déshumanisé : tu envoies un pdf et tu reçois un carton de livres 15 jours après. Revenir à ce rapport physique et tactile à la fabrication de l’objet était quelque chose qui me manquait vraiment, d’où le choix du CDr ou de la CS. Après, rien ne m’empêcherait d’éditer un cd “pro” ou un vinyle si un projet le justifiait. Je ne me fixe pas de contrainte technique pour les livres ou pour les disques.
2. Qu’est-ce qui t’a séduit dans le groupe que tu sors ? Qui est-il exactement et où le disque a-t-il été enregistré ?
Pour dire vrai, Folle Eglise sont d’abord deux amies, dont 50% du groupe (Alice Dourlen), est à l’origine de Kaugummi autant que je le suis. Et si je mène désormais la barque seul, le label qui allait sortir ce premier enregistrement était très logiquement Kaugummi. Je crois que c’était une évidence pour elles comme pour moi. Je suis vraiment content de ce disque, et je l’aurais édité de la même façon si il avait était enregistré par deux inconnues, ce n’est pas une affaire de copinage et je suis vraiment fier d’être le premier à sortir un disque de ce groupe.
Folle Eglise est Alice Dourlen et Sophie Bernadou, respectivement 23 et 25 ans. Elles vivent dans ce bout du monde appelé Cherbourg, où la pluie et la brume imprègnent l’air et le ciel la majeure partie de l’année. Elles viennent d’horizons musicaux assez différents et leur pratique de la musique n’est sensiblement pas la même, mais la réunion de ces deux filles est vraiment incroyable. Il y a quelque chose d’assez magique dans leur musique, toujours sur la brèche, où la nostalgie ne laisse jamais complètement transparaître la joie, où la mélancolie ne laisse pas vraiment de place pour l’espoir. Elles ont enregistré ce disque au cours de trois nuits de l’été 2009 à Chaudelande, un petit studio situé au coeur de la campagne normande.
3. Y a-t-il une esthétique kaugummi propre aux disques ? Comment la définir ? Quels sont les prochains projets de disques ?
Comme pour les livres, je n’ai pas vraiment d’esthétique propre, et je marche principalement au coup de coeur. Comme je l’expliquais plus haut, je ne m’impose pas de contrainte formelle quand au format, qui doit être adapté à chaque projet. L’ensemble des productions devrait entrer dans cette catégorie de musique indéfinissable que j’écoute, entre le folk halluciné et le drone, ce que David Keenan a essayé de définir comme “hypnagogic pop” dans le Wire du mois d’août 2008. Quelque chose se situant entre des groupes comme The Skaters, Emeralds, Pocahaunted et Eternal Tapestry. Ce qui peut représenter un champ musical très vaste aussi bien qu’une niche très étroite. Comme tu le sais, c’est une scène où un foisonnement incroyable de labels existe, je crois vraiment qu’on pourrait les compter par centaines, et je ne vois pas d’intérêt à faire “un label de plus”. En France, il y a d’incroyables labels comme Ruralfaune, La Belle Dame Sans Merci, Crier Dans Les Musées, Keben… Mais il est évident qu’il y a des liens très étroits entre la scène graphique que je contribue à défendre avec Kaugummi et cette scène musicale que j’évoque.
Kaugummi est d’abord une maison d’édition et j’ai vraiment envie qu’un disque sortant sous cette bannière profite de cette particularité, que sa sortie sur ce label soit justifiée et qu’un même disque ne puisse pas être fait ailleurs. Je ne sais pas si c’est très clair mais je pense que cela sera plus compréhensible et visible au travers de mes prochains projets d’édition. Ces derniers sont encore assez vagues et je préfère ne rien annoncer avant que les choses ne soient plus avancées. Je peux tout de même te dire que quelque chose se trame avec Pocahaunted.
Merci beaucoup Joseph !
Pour plus d’informations, vous pouvez visiter cette page : http://editionskaugummi.free.fr/folleegliseannaspresent.html
Merci pour les “gentils mots” Bart !!
Merci beaucoup pour cet élogieux article.
Les liens des labels cités :
http://www.myspace.com/ruralfaunelovesyou
http://www.myspace.com/lbdsm
http://www.myspace.com/crierdanslesmusees
http://www.myspace.com/labelkeben
Belle découverte; et guitares ferventes est l’expression juste.
Quand à l’édition, elle est terrible !
à quand la suite ? des concerts ?