Archive

Archives mensuelles : août 2009

L’Américain Julian Lynch est encore méconnu, mais on parle déjà beaucoup de lui sur des sites comme Volcanic Tongue, notamment depuis la sortie de son premier vinyle, cette semaine, Orange You Glad (pochette ci-dessus). En attendant de trouver ce disque, on peut écouter les morceaux de Julian sur son myspace : www.myspace.com/julianlynch et surtout télécharger sa reprise de Time After Time de Cyndi Lauper.

Les histoires d’Hugo Pratt m’habitent tant et si amplement, qu’il m’a, je crois, toujours été difficile d’écrire à leur propos, même si j’ai passé bien plus de temps à tenter de les comprendre et analyser que, pratiquement, n’importe quelle autre oeuvre. C’est qu’il y a chez Pratt à peu près tout ce qui fait le mystère d’un livre réussi : le trait qui semble approximatif mais qui est pourtant empli d’une force inouïe, le regard d’ensemble qui va droit au coeur des choses, le sens de la mise en scène, du propos et de la narration si bien ciselée que l’on ne sait plus si l’on est dans le rêve, la fiction, la confession, le mémoire, l’adaptation… Bien sûr, tous les livres de Pratt ne sont pas aussi beaux et réussis les uns que les autres. Ma préférence va pour son oeuvre des débuts avec les livres inspirés par les Américains, et surtout pour tout ce qu’il fait entre la fin des années 60 et la début des années 70, avec notamment la naissance des premières aventures de Corto, lorsqu’à 40 ans,Pratt invente quasiment tout seul un genre futur (le roman graphique), impose un personnage résolument moderne et atypique tout en ayant l’air de dessiner au fil de la plume, comme on écrirait des mots, des phrases. Du coup, voir arriver un inédit de Pratt datant de ces années-là est une  vraie lumière, un bonheur. Et pas des moindres lorsqu’il s’agit d’une adaptation au trait aussi acéré que celle-ci : ici, Pratt refait les aventures de Sandokan, héros de littérature populaire autrement surnommé le tigre de Malaisie. D’emblée, le dessin évoque le Pratt de la Ballade de la Mer Salée et des aventures suivantes de Corto : même sens du découpage, mêmes visages en pleine discussion, mêmes sortes de décors minéraux pris par une nature qui ronge et déborde de toutes parts. Un des personnages est même un sosie de Corto, la moustache en plus : c’est dire si ce Sandokan, rétrospectivement, fait office de laboratoire, de planche d’essai. Mais ce n’est pas tout : aguerri par ses nombreuses bandes dessinées d’aventure, Pratt livre ici un récit mené à la hache, empli de ses obsessions, de son sens inné des corps en furie, des visages fous. La proximité avec les histoires de Corto est évidente : Pratt a fait son Sandokan, demeuré inachevé, au moment où Corto prenait de l’ampleur et allait le rendre célèbre – ce qui a valu à Sandokan d’être délaissé et oublié, ses planches ayant longtemps été introuvables. Leur ressortie des oubliettes est un beau cadeau pour finir cet été en beauté.

Le plus beau son en ce moment, en cette année pleine d’une chaleur étouffante et moite, c’est celui qui surgit très régulièrement de la Côte Ouest des Etats-Unis, du label Not Not Fun, où l’on retrouve Pocahaunted (qui n’existe plus dans sa forme originelle et sans doute plus sous ce nom non plus). Le son de ce label m’obsède en ce moment de la même manière que le font depuis quelques temps les images de palmiers : j’ai l’impression d’en voir partout, qui me rappellent à la fois Miami Vice et Beyrouth. Des palmiers, il y en a plein sur les pochettes des disques de Not Not Fun, sur le rond central de l’album de Ducktails, sorte de pop instrumentale planante faite sans doute dans une cave sous air conditionné. Il n’y en pas d’apparent sur celle du nouvel album de Sun Araw, Heavy Deeds, mais il y a néanmoins sur ce disque toute la lumière qui accompagne généralement l’apparition de palmiers. Une lumière artificielle, groggy et éblouissante, qui fait sonner la musique comme un rêve diffracté, un champ de possibles sonores et de rêveries portées par des guitares, des orgues, des percussions de pacotille, des voix étouffées, organisés ensemble comme s’ils surgissaient de l’inconscient de Brian Eno. Le morceau d’ouverture de l’album est une litanie soûle qui s’incruste dans la tête avant même que l’on s’en rende compte : elle est là, pour durer. Il y a aussi des milliers d’autres disques (ou plutôt une poignée de dizaines, deux cents ou un peu plus) sur ce label. Il y a le double album de Raccoo-oo-oon, groupe dévasté de psychédélisme minéral et dont on dit qu’il n’existerait même plus alors même qu’on le promettait à bien mieux encore. Tant pis pour nous. Sur Not Not Fun, il y a aussu des cassettes qui s’épuisent très vite et là, la chance a fait que sont tout de même arrivées deux des plus récentes : l’une est un enregistrement live de Pocahaunted (le dernier, dit-on, sous ce nom) et l’autre est d’un inconnu, Rangers, dont on dit qu’il serait une sorte d’Ariel Pink nouveau. On en reparle bientôt, vite, avant la chute des palmiers, au moins, au plus.

La dernière fois que j’ai interviewé  James Murphy de LCD Soundsystem  / DFA, il m’a longuement parlé  de sa passion  alors nouvelle pour Yes et notamment pour l’album Fragile qui, disait-il, contient au moins un morceau digne de Can. Difficile de résister à une telle affirmation et, vieux réflexes aidant, je me suis dit que j’écouterais vite fait cet album et que je le dénicherais rapidement en vinyle, vu que les disques de Yes sont plutôt habitués aux bacs à soldes. Mais, bizarrement, depuis que j’en cherche, je ne vois plus de disque de Yes soldé… Et impossible de mettre la main sur Fragile : je n’en croisais que d’autres, et ceux écoutés ne m’ont guère convaincu. Du coup, après avoir abandonné il y a quelques mois déjà l’idée de trouver ce disque, voilà que j’en trouve un exemplaire dans une foire aux disques à Aix-en-Provence. Ce soir, je l’écoute et je suis plutôt surpris par ce qu’il contient. On est là en plein rock progressif anglais, mais avec quelque chose de très moderne, notamment dans les voix qui ne sont pas pompeuses, mais tout en recherches harmoniques. Les instruments ne débordent presque jamais, et, tout comme la pochette
, l’ensemble parait toujours délicatement ficelé. Il y a de l’énergie et du bouillonnement, des chansons qui vibrent et une batterie plutôt féroce, sauvage. Je m’en lasserai peut-être dans quelques écoute, voire demain matin. Peut-être, mais sans doute pas.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 44 followers