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Archives mensuelles : mai 2009

Jim O'Rourke

J’ai longtemps été amoureux de ce disque, amoureux en écoutant ce disque, amoureux en m’incrustant totalement dans ce disque sorti initialement au début des années 2000 (en 2001, juste pour mes 30 ans) sous une autre pochette et qui n’était alors qu’un simple CD comportant trois morceaux fabuleux d’électronique hypnotique, minimale, étrangement joyeuse et voluptueuse. Trois morceaux, qui formaient alors l’un des plus beaux disques entendus, n’importe quand, n’importe où. Il ressort aujourd’hui, agrémenté d’un CD supplémentaire et trois autres morceaux de la même période, dont un de presque 40 minutes, assez palpitant, et un autre d’un quart d’heure déjà édité en vinyle, He Who Laughs, qui avait servi de base à la mise en musique par O’Rourke au Louvre du film l’Homme Qui Rit (ceux qui y étaient s’en souviennent encore, avec des tressaillements dans la gorge). Le CD supplémentaire est plutôt beau, surtout durant son long morceau, getting the vapors, ajout nacré à la discographie sinueuse du musicien. Mais rien n’y fait : ce sont les trois morceaux initiaux, formant l’album original, qui dominent ici et demeurent sacrés, sacrément bluffants, happants.

Sorti de l’écurie Turzi / Pan european Recordings, cet album, uniquement disponible en vinyle, fait partie de ces quelques artefacts précieux qui, en ce moment, ressuscitent une veine psychédélique directement liée à deux mouvements musicaux drogués : le psychédélisme seventies et la techno des années 90. En écoutant cet album, on ne sait plus très bien si l’on est dans un ashram ou une rave, avec Gong ou avec Psychic Warriors of Gaia. Sans doute avec les deux, et sans doute aussi, dans un ailleurs plutôt contemporain, qui mélange les formes et hybride les genres, aboutissant à une musique à la fois de fans qui ont écouté beaucoup de disques et de musiciens amateurs qui ont envie d’en découvre eux aussi, avec leurs machines, leurs guitares et leurs pédales, parce qu’ils ont bien retenu les leçons du punk, de Sonic Youth et de My Bloody Valentine. Cet album de Koudlam me parle de cette manière, allant droit dans mon coeur, mes souvenirs et mon présent. Dans quelques mois, il trouvera un compagnon de route encore plus féroce, aiguisé et psyché : le premier album solo d’Etienne Jaumet, moitié de Zombie Zombie, qui a forgé un disque  de machines, saxophones et effets, comme une collision entre Pharoah Sanders et Silver Apples. Le tout a été mixé par Carl Craig. On en reparle bientôt, sûrement, d’ici la sortie en septembre.

Ces dessins sont pris sur la page Flickr de Frédéric Fleury. Ils figurent parmi les derniers postés là. Et j’y vois ce que j’aime le plus dans l’oeuvre de ce dessinateur : une vision du monde tout à la fois angoissante et enfantine, pétrie de SF et d’onirisme, de Lovecraft et Ballard, de Star Trek et Philip K. Dick. J’y vois aussi des échos de Mat Brinkman et de quelques monstres fantasmés. Ce soir, je regarde et subtilise ces dessins entre un disque live de Philip Jeck et un album de Barn Owl, qui déteignent forcément sur ce que je vois – à moins que ce soit l’inverse : les images et les visions de Fleury dictent une direction à la musique, celle d’un moment passé à côté du réel, hors du monde, tout contre lui.

Sorti une première fois en 1997, ce livre renait aujourd’hui de la plus belle manière, car son sujet est totalement contre l’époque contemporaine – tout contre et collé contre, aussi, comme dirait l’autre. Jean-Yves Jouannais dresse les portraits croisés d’artistes n’ayant jamais produit d’oeuvres, et condamnés eux-mêmes à disparaitre du fait de cette absence de production. Ce qui en 2008, alors que tout le monde se veut artiste, se fantasme artiste et cherche à produire avant tout, à laisser une trace tangible, parait insensé, surgi d’une autre époque. L’écriture de Jouannais est belle, fluide, attentive à son lecteur et virevoltante même. Au passage, elle se fait aussi comique, puisque Jouannais glisse là un artiste n’ayant jamais existé – un peu comme Nurse With Wound l’avait fait en citant en supplément de son légendaire premier album une liste de groupes l’ayant influencé et au milieu desquels, plusieurs n’ayant jamais existé – certains les cherchent encore.

J’ai mis hier deux vidéos de Grouper, le “groupe” de Liz Harris, une américaine que je ne connais pas, mais qui vient jouer en Europe en octobre. Elle est originaire d’une ville qui me fascine, Portland dans l’Oregon où je passerais volontiers quelques semaines. Grouper a commencé en utilisant des pianos électriques Wurlitzer, mixés et filtrés avec pas mal de bruits. Mais, très vite, le piano a cédé la place à une guitare, qui a renforcé les penchants naturels de Grouper à lorgner vers le shoegazing contemplatif et éthéré de groupes comme Cocteau Twins ou Slowdive, mais enregistré par une seule personne : une forme solitaire qui donne à la musique tout un aspect lo-fi et brumeux, presque sourd. De Grouper, je connais deux albums, assez fragiles et intenses. D’abord, Cover The Windows And The Walls, sorti par le label Root Strata. Puis, Dragging A Dead Deer Up the Hill, sur le label anglais Type. Le premier est plus noyé dans les effets, les strates de sons, les volutes sonores. Le second est plus clair, la voix y est davantage éclairée, perçante. Les deux sont très beaux, mais je préfère le premier, tout en condensation caverneuse, qui m’évoque des échos passés. Avec les années, ses morceaux demeurent plus que ceux de ses contemporains de la même veine, essentiels et éternellement rêveurs. Elle est actuellement en tournée américaine avec Animal Collective et c’est plutôt elle que j’ai envie de voir aujourd’hui.

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