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Archives mensuelles : mai 2009

Ce livre vient de sortir aux Etats-Unis, il fait plus de 800 pages, on dirait un annuaire, petit et épais. Il se lit comme aucun aure livre, se dévore littéralement, d’un bout à l’autre. Tatsumi qui est déjà l’auteur de livres assez géniaux (notamment l’Enfer sorti l’an dernier en France chez Cornélius) raconte ici son histoire personnelle, mais a changé les noms (ou au moins le sien). On le voit gamin et jeune adulte des années 50 apprenant à faire des mangas, à trouver patiemment et péniblement sa voie. Mais le livre n’est pas que cela, il est aussi une incursion dans l’histoire culturelle du Japon vue à travers les expériences esthétiques de l’auteur, et un précis sur la famille. Le rythme de la narration est parfait, le dessin est de même : je ne sais quoi dire, à part que je plonge ce livre sans savoir comment m’arrêter.

Le label Soul Jazz a sorti quelques pépites récemment : Fly Girl, une compilation de hip-hop du début des années 80 où l’on retrouve uniquement des filles, une autre compilation mais de ses singles les plus récents avec pas mal de beaux morceaux et, maintenant, un DVD documentaire sur le dub, plutôt bien fait et dans lequel on retrouve quelques historiques (Lee Perry, U Roy, King Jammy) et pas mal d’héritiers (Spooky, Kode9). Le tout se regarde comme une histoire du genre, de la Jamaïque et de la manière dont cette musique s’est infiltrée en Angleterre, influençant toutes les musiques, du punk au dubstep.

Je n’ai jamais réussi à écouter du rock progressif, trop compliqué à mon goût, trop de changements techniques, je n’y retrouvais jamais ce que j’aimais ailleurs : la fulgurance du minimalisme, les gouffres moites de la répétition, les saletés du psychédélisme primitif. J’ai toujours préféré la paresse technique de 13th Floor Elevators ou Spacemen 3 au reste du monde, à ceux qui savaient jouer de leurs instruments à la perfection. Longtemps, j’ai tenté d’écouter King Crimson, à cause du label (Island), des disques de Robert Fripp (le leader du groupe) avec Brian Eno, de l’époque et du morceau, Discipline, qu’on a souvent rapproché du pseudonyme que j’utilise pour mes propres disques et concerts. Et puis, depuis plusieurs mois, cet album de King Crimson traine à la maison. je l’ai trouvé dans des débris et des vieux paquets d’un appartement abandonné par un oncle de Beyrouth. Il y avait là des disques de cette époque, les années 60 et 70, juste avant la guerre de 1975. J’en ai embarqué quelques-uns, dont celui-ci, le premier du groupe. L’autre soir, sans savoir pourquoi, ou peut-être à cause de l’article dans Mojo sur le label Island, j’ai mis l’album sur la platine. Je reconnaissais le premier morceau, tube du groupe, 21st Century Schizoid Man, sorte de proto hard rock enragé, assez envoûtant, mais que je n’aime en fait guère. Puis, vient le reste du disque et surtout un incroyable I Talk To The Wind : mélopée planante de quelques minutes, rendant toute l’atmosphère belle à pleurer. Et le reste de la musique est ainsi, teintée par ce morceau angélique. Notamment le premier de la deuxième face, odyssée ambient baptisée Moonchild ouvrant vers le morceau-titre de l’album, épique, splendide, chanté comme on le faisait en 1968, se croyant embarqué dans un nouvel âge chevaleresque et cosmique bâti à coups de cocktails colorés et gentiment drogués. Voilà, je suis charmé. Je ne sais pas si j’écouterai le reste. Mais cet album me semble désormais aussi important et emblématique de son temps que les deux premiers Pink Floyd, pas moins.

Jamais eu l’occasion d’aborder de front l’oeuvre de Tazartès, mais ce disque m’arrive en pleine gueule, comme l’on recevrait une charge de plusieurs tonnes sur le visage, réveillant les esprits plutôt que de les anéantir. La pochette, déjà, est sublime : noire, rapeuse, sans aucune indication, sinon un rectangle blanc collé là pour indiquer le titre et l’auteur. Rien à l’intérieur, pas de livret, juste un CD empli de morceaux sans titres ni dates. Aucune information, sinon la rumeur qui voudrait que ce soit là une compilation de morceaux sortis des archives du musicien. Peut-être. Pas besoin, en tout cas, de notices explicatives, pour apprécier ce disque somptueux et presque baroque, qui construit un portrait diffracté de son auteur. On y est pris dans des collages  hétéroclites, d’où surgit parfois un piano parfaitement sublime, tout de suite happé par des voix froissées. Un piano que l’on ne retrouve plus : comme si tout ce qui se passait là était de l’ordre du rêve, du rêve embrouillé dont on ignore la construction et le sens narratif. Pas grave, l’essentiel est bien dans la matière, les morceaux : le reste n’est que fabrication imaginaire. Un beau repas, même froid.

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