Je dévore le Repas Froid de Ghedalia Tazartes

Jamais eu l’occasion d’aborder de front l’oeuvre de Tazartès, mais ce disque m’arrive en pleine gueule, comme l’on recevrait une charge de plusieurs tonnes sur le visage, réveillant les esprits plutôt que de les anéantir. La pochette, déjà, est sublime : noire, rapeuse, sans aucune indication, sinon un rectangle blanc collé là pour indiquer le titre et l’auteur. Rien à l’intérieur, pas de livret, juste un CD empli de morceaux sans titres ni dates. Aucune information, sinon la rumeur qui voudrait que ce soit là une compilation de morceaux sortis des archives du musicien. Peut-être. Pas besoin, en tout cas, de notices explicatives, pour apprécier ce disque somptueux et presque baroque, qui construit un portrait diffracté de son auteur. On y est pris dans des collages  hétéroclites, d’où surgit parfois un piano parfaitement sublime, tout de suite happé par des voix froissées. Un piano que l’on ne retrouve plus : comme si tout ce qui se passait là était de l’ordre du rêve, du rêve embrouillé dont on ignore la construction et le sens narratif. Pas grave, l’essentiel est bien dans la matière, les morceaux : le reste n’est que fabrication imaginaire. Un beau repas, même froid.

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