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Archives mensuelles : avril 2009

the rayographs

raytree

Jérôme m’a mis en contact avec Astrud des Rayographs, un jeune groupe indie anglais, dont les morceaux m’ont vite fait quelque chose. Pour le moment, le groupe n’a sorti qu’un single : un 45 tour vinyle, qui est aussi disponible sur Itunes avec un morceau en plus. Il contient le très beau Hidden Doors, marécageux, lo-fi, presque lugubre et très anglais. Du coup, en prélude à leur passage à Paris (ils jouent le 11 avril à la Flèche d’Or), voici une interview faite par mail (et en anglais):

When did you start the band and what was the input behind it ? Did you immediately found your sound ?
Jess and I wanted to have a garage band when we were 16- we had guitars that had stickers on and we probably knew a few chords; we were very into bands like Thee Headcoatees and 60s garage records. We didn’t quite get much further than inventing a name and a fantasy behind it- we never had any proper practises so it was a theoretical bedroom band.

The very first inception of our band was in the long hot summer of 2003- we had our first practise in Amy’s house. None of us could really play, but we did have a light-up keyboard that I can say was nothing less than inspirational! Amy had a drumkit in her house, and I had been playing guitar and writing some songs where I lived in Brighton at the time. I think Jess was encouraged to play bass because we needed a bass player! We played a scattered gigs over the years with various line up and name changes but it was probably only starting practising regularly and getting our sound together about two years ago. It took us a while to galvanise our sound, and we’re still developing it, but I think maybe it was always there- quite blues with guitar bends and a few odd drum beats; I was listening to some early demos the other day that would give testament to that.

How does the band work ? how do you write the songs ?
We all do! We are at a stage where we can pretty much write a song from scratch in the studio. We often mess about, jamming some ideas, dropping in some vocals. We might have a few minutes from a 15 minute stretch that we like and the song will develop from that. We use a minidisc to record the practise sessions so if we come up with something to work on and develop it’s there on tape. Listening back to the rehearsals though, there is a lot of time where we are talking in stupid voices and making animal noises through the delay effects in the studio. That may or may not make it onto the album.

What were the main inspirations behind the band ? I somehow think of the Velvet Underground…
I think our main inspiration was just to get together and create something. Whenever we have a break from the band we all start to go a bit mad, so it’s become part of us all, and if we go through a period where we’re not doing much we all start to feel like a part of us is missing! We all love recording and playing live, but for me there’s nothing better than being in the studio creating something new that’s so exciting that you spend the next few days desperate to get back into the studio and play it again.
We all have some similar reference points but are also very different in our tastes. We have shared influences like Pixies, PJ Harvey, Patti Smith and the Breeders. But then we all veer off into our own tastes – to name a few Amy has a penchant for math rock, Astrud likes 60s electronic music and psychedelia and I’m into dark 60s garage. I don’t think we generally cite Velvet Underground as an influence but perhaps they are subconsciously! I haven’t listened to them in a long time, but I heard ‘There She Goes’ blaring out of a window the other day and got a sudden urge to dig out my Velvet Underground CDs again.

Are you currently writing an album ? In which directions are you going ?
We should have our album recorded by the end of the summer. We’re trying to sort out all of our recording sessions at the moment. We record with a very cool guy called John Hannon on a farm in Southend. He has all manner of instruments for example a dusty grand piano and Tibetan singing bowls. Hopefully we’ll make use of some of the weird and wonderful musical accessories he has stored in the studio. I’m personally really intrigued about what we’ll come up with next- I find it exciting! Writing new songs that you we all like is the best thing in the world.

How has the whole internet / myspace / facebook affected the way the band lives and writes songs ?
It certainly doesn’t affect the actual music- we go into the studio and write and that’s how the songs emerge. Myspace are really useful in terms of letting people know information about gigs and releases. Myspace is usually the first place you can listen to a band’s music so obviously that’s a very important tool for us. It allows us to present our own aesthetic of the band to the world, as well as writing rambling blogs about stuff we’re doing, inspiring or interesting things we’ve seen, heard or been involved in.

What are you currently listening to ?
Julian Cope- “Jehovahkill”,
The Wave Pictures- “Leave The Scene Behind” (demo from “Hawaiian Open Mic Night”),
Ponytail- “Ice Cream Spiritual” ,
The Stooges- “Not Right”,
Can – Tago Mago,
Telepathe – Dance Mother,
Polar Bear – Polar Bear,
PJ Harvey – To Bring You My Love,
Women – Women.

If your songs were a colour, which one would it be ?
Dark blue but like petrol, kaleidoscopic- flecks of all colours throughout.

En concert à la Flèche d’Or le 11 avril.
www.myspace.com/therayographs

Ecouter des disques est souvent un bonheur insensé. Se plonger dans la matière d’un album est une expérience exaltante, qui anime les sens, les dérègle parfois, leur ouvre l’appétit et peut les mettre, aussi, complètement en vrac, tout dessus-dessous. Les plus beaux exemples de cela, ce sont des disques comme White Light / White Heat et Loveless : des albums qui bouleversent des vies, suscitent des vocations quasiement monacales. Et en écoutant An Imaginary Country, le nouvel album de Tim Hecker, j’ai tendance à croire que sa vie a bien été chamboulée par Loveless et ce qui s’en est suivi, et qu’il y a entendu la même chose que moi : les vapeurs plutôt que les flammes, les mélopées plutôt que les rythmes, l’apaisement plutôt que la cauchemar. Et il en a récolté une musique qui ne révolutionne rien, mais qui, à chaque nouvel album, me procure une même sensation d’outre-monde, d’univers microscopique dévoilé dans mes oreilles, comme une sensation de familiarité retrouvée presque par accident. Sa musique est électronique, mais elle est aussi tout habitée par des guitares – ou plutôt par les échos des guitares, les réverbérations plutôt que les attaques, les ombres flottantes. An Imaginary Country me parle doucement ce matin, je ne sais pas encore si je l’écouterai à nouveau ou s’il restera longtemps là. Il est en tout cas idéal pour renouer avec un semblant de soleil, un vieux souvenir.

Le Dernier Cri vient de sortir un nouveau livre de Daisuke Ichiba, Vovo,  composé de deux  cahiers qui se regardent : l’un est  constitué de photos, l’autre de dessins (le premier dessin de la série ci-dessus n’y figure pas). A regarder en parallèle, à confronter, ou pas du tout – c’est selon les moments et les zones d’ombre que l’on a en tête. Le site du Dernier Cri est .

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Très belle compilation orchestrée par Ali_Fib, qui organise des concerts à Paris. Je l’avais écouté à la fin de l’année dernière et écrit quelques lignes à son propos. Mais elle vient tout juste de sortir. On y trouve quelques beaux rêveurs comme Ilitch, Duane Pitre (splendide composition minimaliste), Steve Gunn, El-G… La première face est vraiment parfaite et la deuxième n’est pas loin non plus. Plus d’infos par là : www.three-four.net

Finalement trouvé le temps de passer dans un nouveau magasin de disques parisien, Le Souffle Continu, qui m’a totalement bluffé. Rien à voir avec les petits endroits étriqués ou trop étroits. Ici, il y a de la place, de la lumière et, surtout, beaucoup de disques et j’en ai trouvé bien plus que je pouvais me permettre d’acheter. Les deux tauliers sont sympathiques, de bon conseil et leur magasin ressemble un peu à l’équivalent physique du magazine The Wire, mixé avec un brin de Mojo et pas mal d’indie rock. J’y ai trouvé les quatre premiers disques de cette liste. D’abord, un album de Roedelius (membre de Cluster, Harmonia et Kluster) que j’avais envie d’écouter depuis longtemps et tout juste réédité (le disque vient d’avoir 30 ans…) : une écoute rapide le met dans la catégorie la plus légère et romantique, rêveuse, des disques de Roedelius. A la maison, les filles n’ont pas apprécié, mais je crois avoir bien aimé les sonorités d’après-midi tranquille de ce disque aux airs mélancoliques. Plus brut, le disque de Ginnungagap (projet de Stephen O’Malley de Sunn))), KTL, etc.) est un de ces albums électriques dont on ignore s’ils sont fabriqués avec la matière des rêves ou celle des cauchemars. L’ensemble est enregistré en concert, avec une face plutôt méditative et l’autre plus lourde et dense. Ce qui évoque la construction d’un disque fait à trois : la très belle collaboration entre Ashtray Navigation, Family Battle Snake et Stellar Om Source, enregistrée à Leeds (pas précisément le lieu le plus idéal pour trouver des fous de psychédélisme électrique bourdonnant). Deux faces, dont une vraiment magnifique – ou en tout cas qui parle directement aux neurones grillées de mon cerveau, les faisant doucement flotter comme si elles n’allaient jamais s’éteindre. Aucune indication sur la pochette, à part ce petit oiseau rouge sur fond blanc. Après recherche rapide, le disque aurait aussi d’autres pochettes et s’intitulerait “How Do Siamese Twins Arrange Their Love Lives ?” – une question que Sarah C. évoquait d’ailleurs l’autre jour, la veille de trouver ce disque. Jolie coïncidence. Enfin, si vous n’arrivez pas à dormir ces temps-ci, ou si vous êtes en vue de retrouver une voie perdue ou une maison abandonnée, je ne peux que recommander l’écoute de deux albums de milieu de nuit. D’abord, un disque de MV & EE (sans leur groupe électrique, juste en duo). Enregistré live, on y entend  une reprise d’un de mes morceaux préférés, Freight Train d’Elisabeth Cotten et une suite assez magique de morceaux du duo où l’on distille des mélopées de pluie, de routes infinies, de mythes ruraux, de fantômes naissants, de rencontres électriques dans des forêts de légende. C’est délicat, fragile, sincère. Tout comme l’album (apparemment sorti en 2006) de Susan Alcorn, qui comporte un titre splendide, And I Await The Resurrection of the Pedal Steel Guitar (mais lui, je l’ai trouvé chez Bimbo Tower). Fabriqué, comme tissé même, grâce à une Pedal Steel Guitar, cet album ne comporte pas des chansons, ni des morceaux, mais des fragments de musique, des fragments sacrés, qui évoquent la manière dont Loren Connors utilisait sa guitare il y a trente ans : pour invoquer un Dieu forcément inexistant. Mais, ici, dans chacun de ces disques, c’est l’invocation qui compte.

Voilà un disque acheté dans un bac d’albums soldés, Michel a dit : “c’est son dernier bon album”. C’est celui, en tout cas, que j’aime le mieux parmi tous ceux écoutés de Gal Costa. Pourquoi ? a cause sans doute des arrangements riches mais discrets et secs. Grâce à sa voix aussi, tout en volutes élevées, qui chante d’un endroit qui m’est inconnu, surgissant quelque part entre le revers de son ventre et le fond de son coeur. Il y a des disques dont je parle ici qui ne sont pas les faciles à écouter tous les jours, mais quelques autres le sont et celui-ci est un compagnon idéal pour n’importe quel moment, n’importe quel sentiment. Il a aussi l’amabilité de sonner étonnamment contemporain, comme s’il avait été enregistré tout à l’heure plutôt qu’il y a 25 ans.

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