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Archives mensuelles : mars 2009

mat brinkman

Stéphane Prigent

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L’expo consacrée au troisième numéro de de Frédéric Magazine vient de s’ouvrir. On y voit la matière du livre, mise en scène et orchestrée comme pour disloquer, démembrer, déconstruire le livre même : ici, on se promène dans les dessins, entre les traces du livre plutôt que dans le livre lui-même et l’on se frotte à quelques-uns des dessinateurs les plus intéressants des années récentes, de Blutch à Mat Brinkman – un horizon très vaste. Et surtout, on peut y acheter le livre qui est sans doute le plus impressionnant de tous ceux sortis par cette petite bande (on compte 3 numéros de FM et deux catalogues d’exposition).

Là où le premier FM était une sorte de condensé brut (évoquant en cela d’autres tentatives du genre, comme Nazi Knife), celui-ci est une construction quasi architecturale. Là où le second réservait toute la place et les formes aux seuls 5 membres du collectif, ce numéro 3 ouvre des perspectives vers d’autres dessinateurs mais tous mis en relation avec l’un des dessinateurs originels de FM. Une organisation quasi géologique, et qui en elle-même la question centrale de ce nouveau volume, au-delà du thème fantôme donné à l’ensemble des dessinateurs comme piste de travail (mais non dévoilé dans le livre publié, histoire de brouiller les pistes – ou de les laisser ouvertes ?). Une organisation en cinq temps, cinq territoires qui se répondent, se traversent parfois, s’invectiveraient presque, et dans lesquels on décèle une multiplicité de mises en réseaux. On est là, dans une section donnée, dans des échos de bande dessinée dont on se détache progressivement (la présence de Blutch n’est pas fortuite et donne un indice quant aux déplacements opérés ici). Ailleurs, on se retrouve pratiquement dans un renouveau de matières : Isabelle Boinot, par exemple, ne dessine plus avec des crayons mais tricote ses personnages sur du tissu. Le déplacement est là, le dépliage aussi, entre les dessins, les matières, les couleurs, les dessinateurs. Comme une succession de strates s’appelant les unes les autres. Autant le premier FM était un livre de jeunes punks du dessin, donnant à lire des narrations subliminales et jetées presque violemment, autant celui-ci est autre chose : un livre de dessins, comme on dirait un livre de photos, qui est un agencement extrêmement pensé, conçu non plus pour raconter des histoires imaginaires en repensant l’idée même du dessin, mais pour refléter un monde de plaques : celles de la tectonique, celles de la sclérose, mêlées. On est ici au-delà du dessin, dans un projet quasiment politique de mise à nu des perceptions et de l’emmêlement quasi psychédélique des visions. Il y a de la poésie et de la précision, de l’humour et de l’implosion dans ce FM3 assez grandiose, plus encore que prévu, surtout dans sa forme imprimée.

Je n’ai pas encore écouté ce disque. Mais parmi ses 4 morceaux, qui incluent une section de cuivres plutôt excitante, il y en a deux qui font déjà écho dans ma tête : Aghartha évoque le titre d’un album live électrique de Miles Davis tandis qu’Alice me semble invoquer, toujours, la figure et les compositions d’Alice Coltrane. Je me trompe peut-être, mais c’est déjà comme ça que j’imagine cet album et parfois, certains albums s’écoutent bien mieux après qu’on ait passé du temps à les construire soi-même dans sa tête bien avant d’en avoir entendu la première note.

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Pour la sortie du troisième numéro de Frédéric Magazine, l’espace Beaurepaire accueille une exposition (organisée par la galerie itinérante Arts Factory) qui présente la matière de ce nouvel ouvrage, présentée différemment : comme un regard oblique sur ce qui compose un livre, sur la manière de montrer un dessin, imprimé ou accroché. Explications et interview par ici.

Lundi après-midi à la maison, ma petite dort à côté, le soleil par les fenêtres fait joliment flotter la poussière dans le salon, J’écoute quelques disques qui trainent dans une ou deux piles depuis quelques semaines. Tout au bout d’une compilation (la subtilement intitulée On Prend Les Mêmes Et On Recommence, éditée par le label parisien Kill The DJ -avec Battant, Chloé, Andrew Weatherall – la compilation est vraiment excellente), je tombe amoureux d’un morceau de Jason Edwards, musicien méconnu dont l’album sur le même label sorti il y a deux ans était plutôt joli, dans le genre folk anesthésié mêlé d’indie pop neurasthénique. Son Sun Melt, inédit et niché ici, contraste avec le reste de la compilation. Il est tout aussi délicat que le reste des morceaux, mais est moins électronique, plus organique, fragile, évoquant avec un orgue céleste, un chant planant, l’ambiance magique des premiers morceaux de Pink Floyd, de Syd Barrett et, partant, hypnotise par son air d’intemporalité, de flottaison douce. Le morceau devrait être sur un nouvel album du musicien prévu cette année. J’ai hâte de l’entendre.

Voilà, parfois certains livres vous tombent des mains directement tandis que d’autres vous attrapent par le col et vous mènent ailleurs, interrogent ce qui vous émerveille et ce que vous pourriez en faire. Depuis 3 ou 4 ans qu’il le trimballe comme un objet avec lequel on ne peut s’empêcher de jouer tout au long d’une période, je vois Charles construire ce beau Sacha épais comme un sentiment qui refuse de sortir. J’en avais lu une partie (la première, je crois) mais pas le reste, pas la troisième et dernière partie, dans laquelle il a mis beaucoup de choses dont je l’ai entendu parler l’an dernier, par exemple la musique concrète. Mais ce n’est là qu’une anecdote sans grand intérêt. Ce qui est passionnant dans ce livre, c’est l’entière liberté dans la laquelle il se déploie, le chemin qu’il emprunte, absolument pas balisé, et la manière assez élégante qu’il a de mêler Walt Disney et Robert Crumb , Moebius et Pierre Schaeffer – autant de pistes qui sont surtout miennes et pas du tout explicites ainsi dans le livre qui laisse une flopée de portes ouvertes, de chemins à emprunter. Liberté, donc, dans sa narration en trois parties et, surtout, dans le dessin, qui donne l’impression d’être de plus en plus organique, vivant quasiment tout seul et répondant en cela à la même enivrante liberté qui dominait le Hanté de Philippe Dupuy. J’écris tout cela, mais je pourrais ne rien écrire, on pourrait me croire complice, vendu, ou bêtement fidèle. Mais tant pis pour les mauvaises langues : un bon livre est une chose si rare qu’aucune raison n’est suffisante pour ne pas en parler, pour ne pas écrire à son propos et inviter à le lire. Voilà, invitation lancée : Sacha est là pour être lu.

La sortie d’un nouveau livre de Charles Burns est toujours source d’excitation. Celle-ci est d’autant plus grande que le livre en question, Swipe File, est apparemment disponible uniquement dans une édition limitée à 100 exemplaires, numérotés et signés ! L’ouvrage est édité par Buenaventura Press et Burns l’a construit comme un hommage à ses dessinateurs favoris, dont il reprend des images redessinés à sa manière. Le tout semble être entre le dessin et le strip, le livre d’art et l’objet fétichiste ultime. Pas encore commandé, je vais tenter de le trouver vite fait, bien fait. Le livre s’achète chez Buenaventura.

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