












Trouvé le disque d’Emeralds sorti sur Ecstatic Peace, un split avec un groupe que je ne connais pas, Tusco Terror. J’aime bien la pochette, j’aime bien la musique, j’aime bien tous ces bruits, cette douce frayeur.


Dans mon panthéon musical, Cluster II est un classique, un album auquel je reviens sans cesse depuis 15 ans, depuis la première fois queje l’ai entendu. Sa pochette est follement pop, mais pas dans le sens de Warhol. Plutôt dans la même mesure que l’étaient les génériques dessinés et animés des émissions de télé des années 70 : naïfs, enfantins, lumineux. La musique est tout différente de la pochette, bien plus sombre, décatie. Des drones construits en direct, qui sonnent comme les hélicoptères d’Apocalypse Now et tranchent dans les oreilles. Il y a là comme un rêve qui se joue, parfois empli d’échos de guitares hawaïennes salement saturées. Sorti au début des années 70, cet album est bien de son époque, idyllique, rêveur, ombrageux. Le suivant, Zuckerzeit, sera bien plus pop et volatile, rythmique et galopin, tout aussi essentiel que celui-ci, comme une face plus fugace d’un bel astre noir.


Deux livres pris à Angoulême et édités par l’Employé du Moi, maison de Bruxelles plutôt intéressante et ludique. Le premier livre est du dessinateur Frédéric Fleury et fait suite à un précédent ouvrage du même nom, mêlant dans une veine autobiographique, des anecdotes intimes et des vignettes quotidiennes, plutôt drôles et incisives, souvent sans effet de manche, parfois tombant à plat, parfois touchant au coeur. Un peu comme dans la vraie vie. Ici, le plus étonnant, c’est le sens du rythme, le découpage, le montage de ces pages, qui défilent comme des instantanés que l’on soupçonne à peine liés entre eux, mais qui se découvrent au fil de la lecture de vraies affinités, d’indicibles échos. Mêle si je préfère le travail de dessin de Frédéric Fleury, que je trouve plus immédiatement fou, il y a quelque chose de tout à fait saisissant dans les deux volumes de C’est Triste, qui pointe un peu de la condition humaine, de l’absurde et du banal. Un peu ce que soulève aussi le Phase 7 de l’Américain Alec Longstreth, qui faisait figure dans les couloirs d’Angoulême de bûcheron barbu perdu, cousin de Will Oldham ou Neil Young. Son livre est issu d’une série de comics auto-édités et autobiographiques. On y suit, notamment dans une histoire centrale assez prenante, les pérégrinations de l’auteur dans sa quête pour devenir, justement, un auteur de comics. Drôle, modeste, pointilleux, le livre offre une vision de l’esprit humain pris dans son travail, dans son désir de se sublimer, de dépasser sa condition pour atteindre un statut à part. Hanté par son art et sa pratique, Longstreth nous renvoie à nos propres angoisses, à nos peurs de ne pas parvenir à être nous-mêmes.


Les deux disques que j’écoute le plus en ce moment sont les deux ci-dessus. Le premier est l’album Oleva de Mika Vainio, qui contient une inattendue reprise électronique et instrumentale d’un de mes morceaux favoris, Set The Controls For The Heart of the Sun de Pink Floyd. Tout l’album est empli d’un air légèrement mélancolique, attristé et stellaire à la fois, enrobé dans des tapisseries minimales, riches en textures amères, en strates émaciées. Plus enclin à diffuser une chaleur immédiate, le nouveau disque du label Sublime Frequencies est un enregistrement, en vinyle, de Group Bombino : Guitars From Agadez, vol.2. Une face de morceaux d’archives (sans doute tirés de cassettes), une autre enregistrée en concert. Tout y est récent, mais sonne intemporel. Et là où je m’attendais à des déflagrations noise, brutales et agressives, il y a tout à fait autre chose. Un autre chose plus serein, plus immédiatement plaisant et hypnotique, entraînant et compulsif. Cette musique-là n’est pas une musique du désert ou du Niger, elle est le fait d’une bande de musiciens qui ne visent rien d’autre que les étoiles et atteignent directement le coeur du soleil.
Deux mots pour vous signaler la naissance d’un blog collectif consacré aux livres : Discipline in Disorder, créé par Ivan Smagghe. Plusieurs personnes y participent, avec une volonté commune : faire découvrir des ouvrages, sans aucun souci d’actualité. Juste l’envie de partager. Bonne lecture.