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Archives mensuelles : janvier 2009

Lisbonne est une ville qui reste incrustée dans la tête, dans la mienne, même si je n’y ai rien vu d’exceptionnel, que je n’y ai pas croisé Panda Bear d’Animal Collective (il y habite) et surtout passé du temps à y perdre le sens de la raison. Depuis ce passage dans cette ville, je croise régulièrement des disques qui sortent du Portugal (comme ceux des excellents Loosers), et je viens d’écouter un album de Gala Drop, trio (ou duo ?) portugais qui produit une musique assez abyssale, émargeant quelque part entre rock cosmique, disco froide et dub synthétique. Une formule plutôt difficile à réussir tant elle rassemble un nombre incalculable de fantasmes (et de déceptions). L’album est mené par des rythmes sourds et mélodiques, habité par des déflagrations électroniques, des réverbérations longues et ondulantes, des moments d’abandon délétère, mais ne cède jamais à l’hystéri, à la facilité. Il y a là quelque chose de Radian, mais en plus pop, plus immédiat. Quelque chose de Tortoise aussi, en plus lo-fi, immédiat et moins cérébral ou technique. J’aurais bien aimé voir ce groupe jouer à Lisbonne.

Il y a quelques mois, j’écoutais un disque de Felicia Atkinson et Sylvain Chauveau, Roman Anglais, dont au moins un morceau titré Aberdeen m’avait marqué par son profond sens du déplacement. La La La, le nouveau disque de Felicia Atkinson, toujours aidée par Sylvain Chauveau, vient de sortir sur le label japonais Spekk, orné des dessins minimalistes de la chanteuse (qui tient aussi un blog très poétique  et tout aussi minimal que ses jolis dessins). L’aspect de ces derniers évoque par avance la musique contenue dans le disque par leur immédiateté, leur aspect enfantin, leur naïveté comme brute. La musique est ainsi, de la même trempe, comme du folklore recueilli un soir de pluie, en pleine campagne, mais européenne. Pour autant, les morceaux ne sont pas si bruts qu’il y parait. Contrairement au disque précédent, plus linéaire dans sa construction et la narration de ses chansons, La La La se révèle plus complexe et dense, construit à partir de strates, de boucles, de superpositions, de sons qui reviennent, d’échos se faisant sentir doucement, parvenant lentement à l’esprit, habités par une candeur maline et une mélancolie envahissante. www.spekk.net

Je ne sais pas si l’année commence bien. Mais avec ce disque, qui sort ce mois-ci, 2009 ressemble à 1969. Psychic Ills, que l’on savait sous influence directe de Spacemen 3 et Loop, est parti plus loin encore dans le temps que ses premiers modèles. Son disque, Mirror Eye, décline des paysages psychédéliques, à la manière de quelques groupes allemands, mais en plus soft. J’ai acheté le disque lors d’un concert du groupe à Bordeaux, en novembre dernier dans le festival IAO. Depuis, je l’écoute avec régularité, parce qu’il fait partie de ses oeuvres mineures, qui passent inaperçues si on ne leur accorde pas un peu de temps, et finissent bien par demeurer. L’année commence ainsi, à rebours.

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Tout en noir et blanc, le dernier numéro de Rouge Gorge (mais un autre est prévu en janvier) fascine par ses aspérités, sa façon de condenser ses dessins dans une même matière, comme s’ils étaient réinventés par la machine en train de les imprimer. Comme un beau négatif de Frédéric Magazine ou Nazi Knife, mais avec des personnalités et forces d’évocation semblables, et presque plus pop.

Red Colored Elegy est un classique du manga adulte, publié au début des années 70 et édité il y a quelques semaines aux Etats-Unis par Drawn & Quarterly. J’ignore s’il en existe une version française, l’américaine est tellement belle (mis à part le sens de lecture, non conforme à l’original) qu’elle suffit pour comprendre, au premier coup d’oeil, l’importance de ce livre, sans même avoir besoin de le lire. On pourrait pourtant déceler en le lisant des correspondances avec les films de Koji Wakamatsu ou les histoires de Yoshihiro Tatsumi. Quoi qu’il en soit, ce livre tient tout seul, raconte une histoire de couple comme autiste devant le monde. Graphiquement, c’est à la fois minimal et inventif, riche et exaltant. Sans doute une des plus belles découvertes de ces derniers mois. Vivement une traduction française.

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