Archives mensuelles : janvier 2009
Il est arrivé






J’ai une machine dans la tête
J’aime bien ce film, j’aime bien cette chanson
Mes oreilles bourdonnent encore
Stephen O’Malley en concert à la galerie Laurent Godin à Paris, le 10 janvier 2009.
J’étais dans le noir


Je suis à Detroit en 1967

Nouveau disque de Moodymann, cinq titres fissurés, emplis de voix, de chants qui mêlent érotisme et politique, sur des lignes de basses hésitant entre dub et disco, évoquant sur une face une histoire de cul et sur l’autre des réminiscences des émeutes de Detroit mêlée à des dialogues de films genre blaxploitation. Une sorte de résurrection, de retour en forme – même si c’est là une forme tout à fait différente, moins mystérieuse, mais toujours entêtante, happante.
Je suis à Munich en 1970 dans un film de Fassbinder
Je suis dans Merriweather Post Pavilion

La beauté d’Internet en 2009, c’est que quelqu’un que vous n’avez jamais rencontré peut vous envoyer de l’autre bout du monde le disque que vous avez le plus envie d’écouter et que personne autour de vous ne veut vous donner, même si vous avez défendu ce groupe depuis des années, lorsque tout le monde s’en foutait éperdument, à part deux ou trois copains sensés. J’adore Animal Collective, je me souviens de chacun de leurs concerts, de l’effet produit par chaque disque, par l’impénétrabilité récurrente des albums, des chansons. Je me souviens de chaque interview, de chaque moment passé à parler avec eux (surtout avec Avey Tare). Et il y a deux ans, j’adorais l’album de Panda Bear, moins celui du groupe, Strawberry Jam, mais j’ai pourtant été assez estomaqué par les concerts de cette année-là, 2007, notamment celui de la Villa Noailles. Animal Collective y jouait des chansons fabuleuses, encore inédites, qui se trouvent désormais sur cet album, Merriweather Post Pavilion, dont le titre m’évoque mystérieusement un roman ou un autre de la fin du 19ème siècle, quelque part entre Londres et la Nouvelle Angleterre. Et le disque me fait le même effet, d’être empli d’un romantisme baroque, presque gothique, d’être hanté par des chansons de fin de siècle, des thèmes amoureux qui disent qu’il est temps de partir, de passer à autre chose, de changer de saison, de changer de ballet et de musique.
Le premier morceau est d’une beauté absolue, contrastant avec les versions entendues sur scène. Enregistré en studio, il est empli de retenue, tout en paliers évolutifs, tandis que joué en live, il était pareil à une succession d’explosions. Ici, il semble plus délicat, tout aussi mélodieux, mais mieux serti, arrangé, menant vers une explosion, mais bien plus contrôlée. La suite est tout aussi effrayante de perfection, de bon goût, de justesse de ton. Bien sûr, il y a la comparaison la plus évidente : il y a là du Beach Boys, parce que les harmonies vocales mises en oeuvre , ainsi que les arrangements toujours étonnants et alambiqués, semblent bien pointer dans cette direction, vers le moment où Brian Wilson perdait la boule et mettait son génie des chansons dévastées. Mais il y a bien plus ici que la simple référence aux Beach Boys. Une interview récente dans The Wire dévoilait que le groupe est fan de The Incredible String Band, groupe de folk psyché et acide anglais. Et effectivement, il y a le même tourbillon, les mêmes folies musicales entremêlées chez les uns et les autres. Une même hystérie aussi, sans doute. Une folie qui est par ailleurs tout à fait moderne, puisqu’Animal Collective ne se contente pas de ces vieilles références. Elles ne sont tout au plus qu’un vernis. Ce qui est admirable ici, c’est la façon dont le groupe a assimilé, apprivoisé et reconquis les méthodes de composition les plus éparses, diverses, de la musique des années récentes. Il y a à la fois de la techno et de l’improvisation, de la pop et du noise dans ce disque. Mais, contrairement au précédent, jamais de cacophonie gratuite, d’indigestion. Il n’y a pas non plus de guitares flagrantes. Tout est plutôt question de flux et reflux, d’enchainements, de superpositions, de mixages, de tensions se jouant les une des autres. Et puis, au bout du compte, il y a cette évidence : Animal Collective écrit des chansons de pop, de post-pop, qui racontent des histoires de la même manière que peuvent en raconter les films de Wes Anderson ou Gus Van Sant, en prenant un écart vis-à-vis du réel, en adoptant une position un peu en marge de ce qui est commun et en affirmant par cette position même qu’il existe des méthodes différentes de faire de la musique, du cinéma. Une manière, peut-être, de dire que la réalité n’est pas toujours conforme à ce que l’on voit, qu’il y a là beaucoup de rêve en jeu. Merriweather Post Pavilion n’est pas autre chose que cela : un immense disque post-pop, une oeuvre tout en ébullition interne et qui résonne longtemps dans les oreilles, qu’elle emplit de légères divagations splendides.