Je redécouvre Rock Bottom de Robert Wyatt

Certains disques résistent longtemps, demeurent des monolithes dans lesquels il est compliqué de pénétrer. Rock Bottom m’a toujours fait cet effet-là : un grand disque dont on ne peut pas dire du mal, mais que je n’ai jamais su garder auprès de moi, tout à côté – il était plutôt contre, mais j’ignore comment. Ce matin, je lis les notes de pochette de la nouvelle édition de cet album. Elles datent de 1998, il y a dix ans et ont été écrites par Wyatt pour une réédition d’alors. Lisant ces mots, je comprends la proximité de ces chansons avec un film de Nicolas Roeg que j’adore, Don’t Look Now, et aussi comment le disque s’inscrit dans la trajectoire personnelle de Wyatt. Par le plus joli des hasards, mon itunes, en enregistrant les morceaux de Rock Bottom, leur adjoint une pochette dont la première vue me fait juste dire qu’elle doit sans doute être la moins adéquate possible : Robot Rock de Robert Neary. Je n’ai aucune idée de ce que peut être ce disque, mais l’idée que le logiciel puisse se tromper de telle manière est assez belle et déroutante. Entre Robot Rock et Rock Bottom, j’imagine des abysses, des éternités de silence, des montagnes d’incompréhension. Puis, la beauté de l’album de Wyatt me surprend d’un coup : une unité sonore soude ce disque, submergée par un ensemble de détails tristes, de cheminements délétères, de moments d’ennui agréable et construite autour d’une symétrie désarmante. Il y a peu de morceaux, mais tous semblent s’interpeller, exister les uns pour les autres, mener d’une mélodie à l’autre, d’un bruit au suivant. Et tous donnent l’impression d’être des containers à folie, des moments de répression de l’angoisse, du désarroi. La voix de Wyatt ne dit pas tant sa douleur physique, que son désir de trouver son ancre et sa peur devant ce que pourrait devenir son esprit s’il se brisait là.
“Rock Bottom” de Robert Wyatt ! Disque immense, poétique qui m’a, moi aussi, longtemps “résisté”. Un peu, comme à l’époque de ma découverte du jazz libre et novateur, des magmas soniques du miles ou du Trane !
Un disque “lo-fi” car fait à la maison (et pour cause) et totalement moderne.
Un disque d’une immense liberté, sorte de chant d’espoir d’un homme brisé (paralysé des deux jambes) qui, par sa musique cosmique et futuriste, parvient à décoller pour tutoyer les étoiles !!!!
Un disque manifeste de la pop musique du troisième millénaires. Un chef d’oeuvre !
A + et bravo pour ton texte très beau et touchant !!!!!!!!!!!!!
Kevin Ayers, un des potos de bobby, a signé quelques disques sympathiques dans ce registre brit prog : e.g. shooting at the moon
et au fait tu bosses où maintenant? gq?
Un opus majeur que j’écoute religieusement une fois l’an, lors d’un moment choisi, souvent tard dans la nuit… Dans les seventies, c’était avec quelques amis un disque de fin de soirée inévitable… lorsque tous le monde était parti avec le RED de King Crimson. Bon ce n’est pas de la musique pour dîner ou pour mettre de l’ambiance… cela se déguste avec des connaisseurs. Un oeuvre d’un artiste exceptionnel, intemporelle…
L’interview dans Best de 74
http://www.disco-robertwyatt.com/images/Robert/interviews/Best1974/index.htm
Moi non plus j’ai pas encore eu le “déclic” avec ce disque. A lire les commentaires (souvent très beaux, comme ici) qu’il inspire, j’ai un peu l’impression que mon Robert Wyatt à moi c’est Marc Hollis. Sinon y’a un autre classique qui au vu des critiques devrait me plaire et dans lequel je ne suis pourtant jamais rentré c’est Astral Weeks…
C’est le commentaire de Fabien qui m’a fait réagir … La comparaison avec Astral Weeks.
Pour ma part je suis rentré dans Rock Bottom à 20 ans et il figure en permanence parmi mes 5 disques préférés de tous les temps. Rien que l’évocation de Sea Song me fait hérisser les poils.
A mes yeux (et surtout mes oreilles) c’est un disque parfait car il me parle comme peu de disques savent le faire et parce qu’il ne ressemble à aucun autre. Je ne trouve pas que ce soit un disque triste, plutôt à fleur de peau, le timbre et la manière de chanter sont uniques et se rapprochent dans ce sens au travail de Van Morisson (j’ai eu plus de mal avec Astral Weeks) et de Tim Buckley à la même époque, des disques libres et uniques qui ont transcendés des genres, les amenant dans des cieux (ou des abysses) où l’écoute continue de bouleverser près de 40 ans après.
Je connais peu Talk Talk… et comme sans doute pas par hasard le seul CD que j’ai d ‘eux est assez indéniablement “Wyattien”… : Laughin’ stock.
Je ne sais plus qui me l’a offert… (pour souligner l’association faite par fabien ci dessus)
Je recommande l’album de 1997 “Comicopera” de Wyatt… Tout le charme , et la créativité et les timbres et la singularité de Wyatt sont réunis dans cet album.
Je ne veux pas faire le malin mais je suis rentré instantanément dans Astral Weeks et Rock Bottom alors que d’habitude il me faut du temps avec les “chefs d’oeuvres consacrés” et que ce sont des albums peu spectaculaires. C’est peut-être idiot, c’est probablement une projection du biographique sur l’artistique, mais c’est difficile de dissocier l’accident de Robert Wyatt de l’album. Comme ce moment bouleversant dans Sea song où la voix s’envole. J’y vois une sorte de victoire de l’esprit sur le corps… Quoiqu’il en soit, Astral Weeks me semble encore meilleur que Rock Bottom car très abstrait, impressionniste et c’est un des rares albums dont je ne me lasse jamais.
Et n’oubliez pas Shipbuilding (et aussi Broadway de Tellier).
Broadway de Tellier ?
D’une certaine manière (et c’est pour moi une certitude), Broadway de Sébastien Tellier, c’est aussi du Robert Wyatt. C’est une prolongation, une excroissance de Rock Bottom.
Rock Bottom, certainement l’un des disques les plus importants – avec le first Faust, le Tago Mago du Can, le 1/2 Mensch du Einstürzende Neubauten, le Third du Soft Machine, l’Eskimo des Residents…- d’une autre forme du rock.