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Archives Mensuelles: octobre 2008

Album vinyle sorti sur le terrible label Ultra Eczema, avec une fabuleuse pochette en sérigraphie. Le disque reprend des enregistrements faits dans plusieurs endroits, dont les Instants Chavirés où Wiese a joué l’an dernier. Le concert était vraiment mémorable, court et parfait. Le disque est fait de la même matière : beaucoup de silences, de temps suspendus, qui laissent place à des crissements, des constructions fines au scalpel, des instantanés qui surgissent et disparaissent aussitôt.

Si vous aimez votre hip-hop servi avec une dose savante de bruit sombre, de chaos bien organisé, de rythmes presque baroques, de basses post-gothiques, si vous aimez la musique tout court, et que vous avez envie d’écouter autre chose que du hip-hop au kilomètre, anodin et banal, allez voir ce festival. Ce sont des copains qui l’organisent, et si on ne faisait pas confiance au goût de ses amis, à qui pourrait-on vraiment se fier ?

Secrets of the Sun est un des disques de Sun Ra les plus rares. Ou en tout cas, un de ceux qui n’ont jamais été réédités en CD, bien que datant des années 60 – période dont presque tous les enregistrements pour le label Saturn sont disponibles en CD. Secrets of the Sun est une bonne porte d’entrée dans l’univers multiforme du bonhomme : une collection de morceaux, entre jazz et musique cosmique, certains inondés de la réverbération artisanale que le groupe utilisait dans les années 60, d’autres, plus directs et enlevés. Il y a surtout une version primitive de Love In Outer Space, grand hymne méconnu écrit par Sun Ra et repris plusieurs fois, mais jamais avec cette même incision brutale. Je n’ai pas encore la réédition, mais il parait qu’elle comporte des inédits. J’ai hâte.

Je lis les textes de Byron Coley depuis plusieurs années déjà. D’avord dans le magazine Forced Exposure, puis sur les pochettes de Sonic Youth, dans le magazine Arthur et plus récemment dans les pages de The Wire. Je lis aussi chaque article de Thurston Moore depuis sa double page sur le free jazz dans le deuxième numéro du magazine Grand Royal des Beastie Boys, qui m’avaient ouvert les oreilles sur cette musique dévorante et brûlante. Il y a quelques semaines, quelques mois, Moore et Coley ont sorti un livre sur leurs années de jeunesse, celles de la No Wave new-yorkaise. Contrairement à d’autres livres, il ne s’agit pas ici d’images nostalgiques rassemblées par des fans qui n’ont connu ni l’époque ni la ville, mais bien plutôt d’une tentative de restitution d’un moment et d’une scène musicale. La mémoire joue souvent des tours, mais là, il y a beaucoup à voir, à découvrir, à lire et puis à rechercher, histoire de savoir à quoi ressemblaient des groupes disparus sans jamais avoir enregistré le moindre bout de vinyle. Histoire aussi de se remémorer les quelques mois brefs durant lesquels Mars et DNA étaient, sous l’oeil de Brian Eno, les plus grands groupes du monde, qui allaient tout révolutionner.

J’avais chroniqué certains de leurs disques précédents dans les Inrocks, il y a deux ou trois ans. Sans doute à l’époque où ils avaient participé à un festival à Paris (Sonic Protest, je crois). Je les ai toujours considéré comme une émanation plus immédiate et compréhensible de Black Dice. Là, Je découvre leur album pour Warp. La pochette les montre quelque part du côté des Sun City Girls et du label Sublime Frequencies, avec une imagerie world punk détournée. La musique est ailleurs. Les premiers morceaux sont assez étonnants, évoluant entre une forme angoissante de disco électronique et une écriture assez langoureuse, tendue par un désir implicite de construire des mélodies adjacentes à du bruit pur. Il y a là quelque chose d’un peu régressif, mais aussi d’absolument moderne, qui ne cède rien au souvenir, fonctionne par réminiscences évasives mais sonne vraiment comme s’il avait surgi d’aujourd’hui, habité par des préoccupations de 2008, entre l’Irak en guerre et l’envie impossible d’un monde meilleur, moins frénétique, mais impossible à construire.

J’en ai déjà parlé ici au moment du festival de Cannes en mai dernier. Le film y était en compétition. Quelques mois plus tard, Je veux voir, réalisé par Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, avec Catherine Deneuve, sort au cinéma. D’abord au Liban, dès la fin du mois d’octobre, puis en France, début décembre, en même temps qu’un CD de la BO du film (à laquelle j’ai participé). Un événement qui ne survient pas seul puisqu’à la fin de l’année, à quelques jours de la sortie du film, ses réalisateurs auront une exposition en solo (ou en duo, ou en couple, etc.) au Musée d’Art Moderne de Paris.

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