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Archives Mensuelles: octobre 2008

Je lis les textes de Byron Coley depuis plusieurs années déjà. D’avord dans le magazine Forced Exposure, puis sur les pochettes de Sonic Youth, dans le magazine Arthur et plus récemment dans les pages de The Wire. Je lis aussi chaque article de Thurston Moore depuis sa double page sur le free jazz dans le deuxième numéro du magazine Grand Royal des Beastie Boys, qui m’avaient ouvert les oreilles sur cette musique dévorante et brûlante. Il y a quelques semaines, quelques mois, Moore et Coley ont sorti un livre sur leurs années de jeunesse, celles de la No Wave new-yorkaise. Contrairement à d’autres livres, il ne s’agit pas ici d’images nostalgiques rassemblées par des fans qui n’ont connu ni l’époque ni la ville, mais bien plutôt d’une tentative de restitution d’un moment et d’une scène musicale. La mémoire joue souvent des tours, mais là, il y a beaucoup à voir, à découvrir, à lire et puis à rechercher, histoire de savoir à quoi ressemblaient des groupes disparus sans jamais avoir enregistré le moindre bout de vinyle. Histoire aussi de se remémorer les quelques mois brefs durant lesquels Mars et DNA étaient, sous l’oeil de Brian Eno, les plus grands groupes du monde, qui allaient tout révolutionner.

J’avais chroniqué certains de leurs disques précédents dans les Inrocks, il y a deux ou trois ans. Sans doute à l’époque où ils avaient participé à un festival à Paris (Sonic Protest, je crois). Je les ai toujours considéré comme une émanation plus immédiate et compréhensible de Black Dice. Là, Je découvre leur album pour Warp. La pochette les montre quelque part du côté des Sun City Girls et du label Sublime Frequencies, avec une imagerie world punk détournée. La musique est ailleurs. Les premiers morceaux sont assez étonnants, évoluant entre une forme angoissante de disco électronique et une écriture assez langoureuse, tendue par un désir implicite de construire des mélodies adjacentes à du bruit pur. Il y a là quelque chose d’un peu régressif, mais aussi d’absolument moderne, qui ne cède rien au souvenir, fonctionne par réminiscences évasives mais sonne vraiment comme s’il avait surgi d’aujourd’hui, habité par des préoccupations de 2008, entre l’Irak en guerre et l’envie impossible d’un monde meilleur, moins frénétique, mais impossible à construire.

J’en ai déjà parlé ici au moment du festival de Cannes en mai dernier. Le film y était en compétition. Quelques mois plus tard, Je veux voir, réalisé par Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, avec Catherine Deneuve, sort au cinéma. D’abord au Liban, dès la fin du mois d’octobre, puis en France, début décembre, en même temps qu’un CD de la BO du film (à laquelle j’ai participé). Un événement qui ne survient pas seul puisqu’à la fin de l’année, à quelques jours de la sortie du film, ses réalisateurs auront une exposition en solo (ou en duo, ou en couple, etc.) au Musée d’Art Moderne de Paris.

Deux nouveaux livres de Frédéric Fleury édités par Kaugummi : Capable du Pire (réédition d’un livre auto-publié) et L’Elégance, qui reprend une série de dessins récents. De l’un à l’autre, se joue un passage à l’ascèse, au retrait des éléments décoratifs pour aller vers l’essentiel du trait et du mouvement des corps. A y regarder de près, les personnages de Fleury ne sont ni des caricatures, ni des sketches. Ils sont une évolution un peu mutante (presque envie d’écrire : malade, mais ce n’est pas exactement ça) des cartoons les plus familiers. Il y a là comme une réécriture de Mickey et j’imagine bien Walt Disney s’essayant dans ses moments les plus fous à de tels dessins pour tout de suite se censurer lui-même. Il faudrait voir tout cela en dessins animés, imaginer l’univers de Fleury à la télévision. Nos enfants le mériteraient, non ?

http://editionskaugummi.free.fr/

Ces dernières semaines, l’éditeur Kaugummi a sorti quelques beaux petits livres. Il y avait celui d’Andy Bolus, fait de collages et détournements, déjà mentionné et montré ici. Dans la foulée, il y a aussi eu un livre assez démentiel de Kerozen, Geometric Pollution, et un autre, comme un split, entre Jonas Delaborde et Andres Ramirez, Condor Dust. Les deux livres font l’objet d’une exposition assez splendide et très fournie à la librairie Le Monte en l’Air, du côté de Ménilmontant. On y voit les originaux et ceux du livre de Kerozen sont assez fabuleux, comme tressés dans une encre noire tout en densité. Très complexes, contenant des fractures, des cases, des superpositions faites en une seule page, ces dessins de Kerozen évoquent une sorte de version démente des dessins psychédéliques de Steve Ditko, n’en retenant que les aspects les plus viscéraux et irréels comme un dub qui déshabille un morceau pour mieux le rhabiller.

Condor Dust est tout à fait différent. Il mêle des images de Jonas Delaborde avec celles d’Andres Ramirez. Confrontation, face à face, mélange et regards : il y a là aussi comme quelque chose de musical qui se joue, de très cinématographique aussi, qui met en scène une sorte de fascination pour les ruines, pour la géométrie décatie. Le titre semble le dire : Condor Dust, poussière de condor – comme une tentative de saisir la fin d’une civilisation, ou plutôt ce qui vient après le désastre.

L’exposition dure jusqu’au 26 octobre. http://www.myspace.com/lemontenlair

http://editionskaugummi.free.fr/
http://www.myspace.com/faisletoimeme
http://www.myspace.com/jonas_france

Depuis quelques semaines, le site dont je suis rédacteur en chef est en ligne et nous y avons publié un texte de Fabrice Paineau en hommage à Guillaume Depardieu ainsi qu’une séance de photos assez extraordinaires faites par Deborah Turbeville en mars 2008 pour l’Uomo Vogue. Je trouve ce texte beau et sensible, je suis heureux qu’il soit sur le site. L’article est

Je ne sais pas ce que me fait cette chanson. Sans doute est-elle ma concession ici à quelque chose d’un peu plus connu ou mainstream ? A moins que ce ne soit une bouffée récurrente de nostalgie ? Ou alors quelque chose de similaire aux Nuits de la pleine lune, qui mêle dans une même étincelle de mémoire une époque et une comédie, un moment et une chanson, qui n’arrêtent pas de revenir et toujours sans raison. Etrange tout de même : à l’époque de cette chanson, je devais être en train de découvrir mes premiers concerts, de chavirer devant les Pastels à la Cigale (premier festival des Inrocks, déjà), de mépriser mes copains de lycée parce qu’ils ne connaissaient pas My Bloody Valentine ou Sonic Youth ou Jesus and Mary Chain. Je détestais alors cette musique qui ne disait rien de ma vie. Aujourd’hui, je me réjouis des apparitions soudaines de Luna Parker sur mon écran, de cette existence qui est réduite à Youtube, mais qui me donne la mesure du temps passé. Et j’ai peut-être hâte dans le fond que quelqu’un retire la prise qui branche Youtube, éteigne tout cela comme une vieille télé et que tout s’efface et s’éloigne dans un long sifflement de baudruche dégonflée, pour ne plus avoir à mesurer l’éloignement des années.

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