Je me souviendrai toujours de Robert Frank

Le jour où j’ai rencontré Robert Frank, ma vie a vraiment basculé. J’y allais le coeur battant, je ne sais plus pourquoi, bien plus que pour n’importe quelle autre interview ou entretien ou rencontre. J’y allais avec Renaud Monfourny, dans un café de Saint Germain. Je ne connaissais guère Robert Frank et depuis les quelques minutes passées avec lui, je ne connais personne d’autre, je ne mets personne plus haut que lui, je ne mets personne à son niveau ou dans sa catégorie, mais sans non plus en faire une divinité : il est à part, quelque part dans ma tête. Dans ces photos, dans ces films, dans les idées mêmes qui s’en dégagent, il y a quelque chose de familier et lointain, comme un écho d’oeuvres réalisables, mais toujours à construire. Ce jour-là, il nous a dit deux ou trois choses extrêmement marquantes, comme cette phrase presque banale dans sa bouche : « je ne fais plus qu’une ou deux photos par an ». Voilà sans doute ce vers quoi il faudrait à tout prix tendre : une ou deux photos par an. Rien de plus.

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4 commentaires
  1. Anthony Karam a dit:

    La réédition, il y a quelques mois, par Steidl de The Americans, intégralement supervisée par RF, est d’ailleurs une superbe leçon d’édition. Très très bel ouvrage… C’est eux aussi qui vont progressivement sortir en deux ans l’intégrale de l’oeuvre filmée. Dont rien n’est à jeter.

  2. Stc a dit:

    Tu m’as fais peur. A te lire, au début, j’ai cru que tu nous annonçais sa mort…

  3. joseph a dit:

    Oui les rééditions Steidl sont magnifiques… Et son livre sur Beyrouth est assez terrifiant. Et non, Robert Frank n’est pas mort. Robert Frank ne mourra jamais. J’ai juste eu envie de remettre cette photo ici après avoir lu un texte de Louis Skorecki.

  4. J’ai fait le voyage à New-York en 1995, avec pour objectif de le rencontrer, de parler, de le voir. J’ai une admiration profonde pour lui et encore plus aujourd’hui. Il m’a reçu simplement chez lui, nous avons parlé de peinture, beaucoup, de musique, peu de photographie. Mes photos sur mon mac sont restés dans le sac à dos. Il fallait aller au delà de la photographie. Parler de l’art, de la vie. Robert Frank n’est pas un photographe ou un cinéaste, c’est un artiste. Il faut effectivement saluer le travail remarquable de Steidl. L’oeuvre de Robert Frank prend aux tripes, au coeur. Il a dépassé l’image.

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