Beyrouth
Pour avoir des nouvelles, j’appelle mes parents. A Beyrouth, ils ont plusieurs téléphones. Mais il leur arrive de ne pas répondre, parfois. Ce matin, ils ne répondaient pas et j’ai compris, vite, pourquoi j’avais si mal au ventre, si peu dormi. Mon coeur bat très vite en ce moment, comme s’il se battait pour dégorger quelque chose de coincé.
Je vais voir le blog de Mazen Kerbaj et ses dessins qui nous avaient donné des nouvelles quotidiennes il y a deux ans pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah. Je regarde aussi Libération.fr qui a déjà consacré plusieurs sujets au Liban, aujourd’hui. Je n’en trouve pas d’autres ailleurs et même s’ils m’attristent, s’ils sont durs à lire, si j’ai envie d’y lire autre chose, je ne vais pas vraiment chercher ailleurs. Je me souviens d’un coup, de la guerre il y a deux ans et de ce qu’on avait tenté d’écrire dans les Inrocks. Je n’y suis plus, et je ne sais plus où écrire sur Beyrouth, sinon ici.
Ce qui me déroute, ce sont les images d’armes dans Beyrouth. La dernière fois, il y a deux ans, la guerre était quasiment hors de la ville. Mais cette fois-ci, tout cela se passe à côté de chez moi. Et le plus troublant, comme d’habitude, c’est de ne pas y être tout en étant replongé dans la familiarité des événements, comme si ces armes et ces cagoules avaient toujours appartenu à ces rues.
Un sms à ma mère, qui me répond : “ça va… un peu de tirs au loin… biz” qui ne peut que me rappeler sa phrase d’il y a deux ans “on a entendu quelques coups au loin”, après la guerre.
Philippe répond ce mot : “tétanisé”. Je ne sais presque pas lui répondre. Khalil au téléphone a l’air aussi perdu que moi. “Qu’est-ce qu’on fait ?”. Sandra dit “ça peut aller”.
Je n’ai rien à dire, rien à commenter, plus rien à partager.
Bonjour Joseph,
Je pense que tu ne te rappelles pas de moi. Je suis le frère de Laurent Chabrol (dit Loules) un ami de Sarah. Nous nous sommes croisés rapidement dans un club enfumé de Paris. Beyrouth tremblait déjà, c’était en novembre je crois ; peut-être en décembre…
Je vis à Beyrouth et à la recherche d’informations sur le conflit qui gronde ici (comme toi visiblement), je suis tombé sur ton blog. Disons, par hasard. Je ne sais pas trop quoi dire et je préfère laisser aux Libanais le soin de s’exprimer sur le sujet. Tu sais combien il est difficile ici de ne pas passer pour partisan. En ce sens, les billets de ce blog ont une dimension particulièrement saine… la neutralité du désarroi.
En fait, je travaille sur le théâtre libanais et plus particulièrement sur la performance “Nancy…” de Mroué. Je sais qu’elle a été représentée à Paris cette automne. Quelqu’un m’a dit qu’elle a été classée par les inrocks parmi les “meilleures pièces de l’année”, ou quelque chose dans le genre. C’est à ce sujet que je te contacte, bien conscient que mon message te paraîtra probablement décalé. J’aimerai en avoir la confirmation. La performance a-t-elle vraiment été classée ? Le cas échéant, serais-tu en mesure de trouver dans quel n° ?
J’espère sincèrement que “routine et quotidien” retrouveront bientôt leurs droits au Liban,
Bien à toi,
Arnaud.
Salut Arnaud,
Je ne suis plus aux inrocks depuis quelques mois déjà. Pour avoir tes infos sur “Nancy”, tu devrais contacter Fabienne Arvers (fabienne.arvers@inrocks.com).
N’hésite pas à donner des nouvelles de Beyrouth, et de ton projet, ici.
A bientôt.
Joseph