J’écoute des disques de drone

Depuis quelques temps, je lis et j’entends de plus en plus un mot qui m’est cher : “drone”. Je l’ai moi-même souvent utilisé pour parler de disques qui ne tenaient à coeur et dans lesquels je retrouvais souvent des échos de Spacemen 3, Earth ou LaMonte Young – deux artistes par lesquels j’ai appris la signification de ce terme, ainsi que la beauté musicale dont il peut être porteur. Récemment, le succès de Sunn O))) a popularisé cette appellation et donné, aussi, l’impression que faire des disques de drone est un exercice facile, simple et efficace : après tout, il suffit de tenir la même note longtemps, de laisser durer indéfiniment les choses pour créer un inamovible mur du son. Or, ce n’est pas si simple que cela. Comme me le faisait remarquer Jim O’Rourke il y a quelques années déjà, “un bon drone doit avoir des dents”. Des dents pour mordre, des dents pour pouvoir s’y accrocher, des dents comme autant d’aspérités, en fait. Un drone vous regarde, s’agrippe à vous et fait de l’écoute musicale un vrai renversement : le drone est autant à l’attention des sentiments de son auditeur qu’inversement. Un drone dévoile ce qui qui vous habite et vous hante. Il permet l’introspection, le questionnement de soi, la rêverie aussi, la mélancolie parfois.

Parmi les nombreux albums de drone sortis ces derniers temps, il y en a une maigre poignée qui m’a vraiment bouleversé. Ailleurs dans ce blog, j’ai déjà mentionné les disques des anglais Rameses III, qui produisent des longues plages bourdonnantes, mais emplies de mélodies. Leurs albums sont à écouter, car ils contiennent quelque chose d’inédit. Mais, ces derniers jours, il y a eu trois disques, surtout, qui m’ont donné envie de me plonger dans leur matière même.

Le premier est de Peter Wright (vu en concert en décembre aux Voûtes à Paris, en première partie de Stars of the Lid).

Depuis, il a sorti un album live sur le label Archive.

J’y entends des oiseaux, des guitares tenues longtemps, longuement, comme autant de murmures qui se font écho, qui planent habilement, cérémonieusement. Enregistré  durant différents concerts, ce disque est empli de ces atmosphères somnolentes que j’adore, qui me donnent envie de rêver doucement. Il correspond en cela avec celui, sorti en CDR par le label français Cook an Egg, d’un certain Shoeb Ahmad. Là aussi, sa guitare traitée fait des merveilles, tournoie sans en donner l’impression et, malgré les blocs immuables qu’elle semble construire, se dévoile peu à peu fragile, habitée par des motifs délicats. De la dentelle atmosphérique.

Mais, peut-être que le plus intéressant, en ce moment, des fabricants de drone à base de guitare n’est autre que le belge qui se dissimule sous le nom à rallonge de Fear Falls Burning. Raté en concert il y a quelques mois (à la Locomotive en première partie de Jesu), je me suis rabattu sur les disques qu’il vendait alors et tombé sous le charme de ses longues plages qui oscillent entre Sunn O))) et LaMonte Young, My Bloody Valentine et Nadja. Ces prochains jours, il sort un nouvel album, Frenzy of the Absolute, sur lequel il joue avec des percussionnistes. Leur présence rajoute une atmosphère plus psychotique encore à ses longues compositions délétères, qui en deviennent remplies de parcelles d’angoisse. Fear Fallas Burning ne construit pas des drones rêveurs comme Peter Wright ou Shoeb Ahmad. Mais les siens, comme ceux des deux autres, sont très organiques et vivants. Ils ont plus que des dents : ils mordent là où ça fait mal.

Les commentaires sont fermés.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 44 followers