
Le disque est double et date du début des années 90, un double drone. On peut lire une interview de Jim O’Rourke sur cet excellent webzine : http://ronsen.org/monkminkpinkpunk/15/orourke.html
Je me suis souvenu des Paris Sisters grâce à un post sur alainfinkielkrautrock.com. Merci pour le rappel.
Sans oublier les chansons de Priscilla Paris seule :
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On se remet difficilement de certaines lectures, même lorsqu’on n’est plus adolescent. Tomber sur un récit de Tatsumi, sans avoir été prévenu, peut induire des changements dans la manière même de percevoir le réel et le monde. Ses histoires, dessinées et écrites d’une main qui ne laisse jamais la place au superflu ni même au semblant d’explication, peuvent dérouter par la manière dont elles sont souvent construites. Elliptiques, elle frôlent le muet, mettent en scène des personnages démunis de toute joie de vivre, en plene lutte, souvent avec eux-mêmes, contre eux-mêmes. Tatsumi ne montre pas tant la société japonaise, que des êtres pris dans les stratifications de cette société-là, mais auraient tout aussi bien pu être ailleurs, souffrir ailleurs, mais souffrir néanmoins, toujours. Il y a quelques années, trois recueils assez beaux de ses histoires (Les larmes de la bête, coups d’éclat, chez Vertige Graphic) avaient été publiés en France, suivis aux Etats-Unis par trois autres livres, présentés chronologiquement (à partir de 1969) par le dessinateur Adrian Tomine et édités par Drawn & Quarterly. Dès fin août, un nouveau recueil sort en France publié par les éditions Cornélius, sous le titre l’Enfer. On y lit des histoires datant des années 70 (sauf une, plus récente - Tatsumi n’a jamais arrêté de publier) empreintes d’une extrême misère, d’un désespoir plus que saillant. Galerie de portraits d’êtres qui ne sont même plus en errance ni en attente, mais plutôt au seuil d’une disparition qui s’accomplit à mesure que l’histoire se déroule, l’Enfer est un de ces livres qui s’incrustent durablement dans les yeux et la tête et donne à penser le monde et sa propre position de lecteur tout à fait différemment. Les abandons et la folie qui s’y dévoilent ne sont rien d’autre qu’une proposition de changer vite de vie, ou alors de disparaître aussi comme les personnages de Tatsumi. Une postface de ce dernier éclaire en peu de mots tout ce qui se déroule dans le livre et pour quelles raisons l’oeuvre de Tatsumi est si empreinte de misère, de renoncement aux apparats d’un monde d’Apocalypse intime.

Final est un autre projet de Justin Broadrick, ancien Napalm Death, Godflesh, Techno Animal, et actuel Jesu. Les disques de Final sont plus atmosphériques que ceux de Jesu, n’ont rien de pop ou de rock : Broadrick s’y concentre sur des textures de guitares filtrées, qui forment des paysages sonores très prenants, aux accents faussement industriels, réellement élégiaques. Récemment, il a sorti un album uniquement en téléchargement depuis son site : 4 morceaux, près de 50 minutes de musique répétitive, plutôt abrasive, qui aurait pu servir de bande son à la nouvelle adaptation au cinéma de X-Files (si elle avait été un peu mieux articulée…). Le disque est téléchargeable pour 4 ou 5 £ selon le format choisi.
http://justinkbroadrick.blogspot.com/


Chaque nouveau volume de la série Nécron, rééditée depuis 2006 par Cornelius, est une occasion de pleurer et rire de joie devant autant de liberté éditoriale, de liberté de ton, de liberté de parole et de mauvais goût. Le Tome 5, prévu pour fin août ne déroge pas à cette belle règle.
Petit rappel : Nécron est l’oeuvre de l’italien Magnus et la série avait été éditée une première fois, dans une version remontée, peu conforme à l’originale italienne, par Albin Michel - on avait pu en lire des passages dans l’Echo des Savanes vers le milieu des années 80. La version de Cornelius reprend le découpage italien typique des fumetti trash de l’Italie seventies : deux cases rectagulaires par page, un minimum de décors, beaucoup d’action, et pas mal de sexe. Nécron est peut-être l’expression ultime de ce genre un peu perdu (ou réservé aux taxidermistes passionnés). Magnus y pousse tous les curseurs à bout. Ses scénarios sont quasiment inexistants, ses intrigues tout à fait légères, ses personnages entretiennent toujours les mêmes rapports de violence et de domination, tournant autour d’une vision tout à fait sombre de la sexualité, toujours raccordée à un moment de douleur. Pas d’acte sexuel fécond ici : tout se fait dans la tension, le déni, le renoncement, le viol, le combat. Le tome 5 est exemplaire de tout cela. On n’y voit même plus Nécron, mort vivant monstrueux, copuler avec sa maîtresse démiurge et nécrophile. Ils n’en ont plus le temps, tellement ils sont pris dans un dédale d’aventures saugrenues, qui font rire tant elles semblent des pastiches de milliers d’autres situations classiques de la BD. Pour autant, au fil de la lecture, se noue une sorte de passion douce amère pour cette débauche de pornographie grotesque. On se prend d’affection pour le monstre, d’intérêt pour sa maîtresse comme s’ils étaient, après tout, les deux seules créatures admirables dans cet univers qui déborde de monstruosités en tous genres, souvent dissimulée derrière des apparences très humaines. Personne n’est épargné, le ton acide de Magnus renvoie directement aux critiques sociales acerbes des années 70, fait songer ici à la fois à Massacre à la Tronçonneuse et Idi Amin Dada. au-delà du rire, de la dérision, de la pornographie, Magnus dévoile un monde expressément oblique, dénué de sens et dans lequel la sensualité est inexistante. Le sexe s’y dévoile rugueux, une arme contre le monde.

J’adore ce genre de nouvelles : en septembre, le label Skull disco sortira un album de Shackleton, qui doit être un de mes trois nouveaux artistes préférés de cette dernière année. Et en amont du CD, le label de l’allemand Pole, Scape, sort un maxi avec un morceau de Shackleton remixé par Pole et un autre par Peverelist. On peut en écouter des extraits par là :

Et relire surtout les histoires de Batman par Frank Miller (The Dark Knight Returns, Year One), Alan Moore (The Killing Joke - qui sous-tend tout le scénario du film), celles dessinées par Neal Adams (il y en a un paquet) et surtout la poignée dessinée par Marshall Rogers (RIP) dans les années 70 et écrite par Steve Englehart. Leurs histoires sont parues dans Detective Comics 471-478 en 1978 et ont été republiées quelques fois. Parmi elles, une des meilleures histoires de Joker : The Laughing Fish / The Sign of the Joker. Indispensable si le film vous a plu.

